ACTE PREMIER
SIDONIK
Par exemple !
OCTAVK
Il n y a pas à dire, vous le recevez froidement, l^eaucoup trop froidement.
SIDONIE
Vous trouvez ?
OCTAVE
Vous êtes si froide ! Depuis un an, je ne vous ai pas vue lui sourire une fois. S'il vient tard aujourd'hui, c'est votre faute. Il ne viendrait plus du tout, n'était la vive affection que j'ai su lui inspirer. Il ne peut plus se passer de moi, fort heureusement, car je tiens beaucoup à nos relations, à cause de lui d'abord, sans doute, mais aussi, mais surtout à cause de son cousin. Il n'est que marquis, et son cousin est duc, duc de bon aloi. Le duc Richard de Villepreneuse ! Voilà un nom ! La fine fleur des vieilles souches de la vieille noblesse de vieille roche! Et -quel esprit I quelles manières! quel genre ! quel cachet !
SIDONTE
Et quelle moralité !
OCTAVE
Parce qu'il ne partage pas les idées étroites de vos petits bourgeois ! Madame, on n'enferme pas les aigles dans des cages à serins.
SIDONIE
Un sceptique, un libertin, un homme qui doute de tout et ne doute de rien.
OCTAVE
Vous avez de la religion, ma chère ; vous faites bien. La religion est bonne pour des femmes. Mais pour des hommes comme nous !...
SIDONTE
Il n'en sera pas moins damné.
OCTAVE
J'en doute. On y regarde à deux fois avant de se brouiller avec un Villepreneuse.
SIDONIE
Faites attention, monsieur Landurel; vous empruntez aux Clermont-Tonnerre.
OCTAVE
Je prête assez souvent pour emprunter à mon tour.