‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 75 sur 338 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

mais je veux des égards. Je ne vous demande pas le comte d'Apremont. Le vieil égoïste vit retire dans ses terres, comme un rat dans son fromage. Mais la comtesse est à Paris, avec sa belle-fille, mademoiselle Blanche d'Apremont, un des plus beaux partis de France ! Et vous me les aviez promises pour ce soir.

SIDONTE

J'espère qu'elles viendront.

OCTAVE

Trop tard, quand la moitié du monde sera partie. C'est bien la peine de venir, s'il n'y a plus personne pour les voir.

SIDONTE

Je n'y puis rien ; je ne leur ai pas prêté d'argent.

OCTAVE

Vous avez fait mieux, ma chérie, en procurant à votre pauvre camarade de pension un mariage inespéré, superbe, fabuleux. La comtesse d'Apremont ne saurait oublier ce que vous doit mademoiselle de Chazelet.

SIDONIE

Elle ne doit rien qu'à elle-même. Son rare mérite la mettait de niveau avec les plus hautes positions ; et la noblesse des Chazelet vaut colle des Apremont.

OCTAVE

Soit ; mais mademoiselle Pauline était une pauvre petite institutrice, réduite à courir le cachet en omnibus ; et le comte, quatre ou cinq fois millionnaire, je le sais bien, moi, son banquier ! est, en outre, grand-croix de la Légion d'honneur, ancien ministre, ancien ambassadeur, ancien pair de France...

STDOXIE

Trop ancien. Il a soixante ans et elle en a vingtcinq.

OCTAVE

Le beau mérite ! Qui est-ce qui n'a pas eu vingt-cinq ans ?

SIDONIE

L^important, c'est de les avoir encore. Bref, le comte, riche et considérable tant qu'il vous plaira, mais vieux d'âme autant que de corps, veuf, et par surcroît, père de famille, a épousé une femme accomplie, assez distinguée pour bien tenir sa maison, assez intelligente pour bien diriger sa fille, jeune pour égayer sa vieillesse, belle pour enchanter ses ennemis. Je ne vois pas qu'il ait fait une si mauvaise affaire, et que, tous comptes réglés, elle soit en reste avec lui.

OCTAVE

Vous défendez votre amie, c'est très-bien. Mais vous devriez garder un peu de ce beau zèle pour la gloire de notre ménage; et, malheureusement, vous ne me secondez pas.

SIDONIE

Je fais de mon mieux.

OCTAVE

Pour me contrecarrer.

SIDONIE

En quoi ?

OCTAVE

Tenez! mon meilleur ami, mon cher Lionel, marquis de Trésignan, ce charmant garçon, ce grand seigneur, l'homme à la mode, l'homme du vrai monde, que j'ai eu tant de peine à vous amener !

Eh bien?

OCTAVE

Au lieu de lui rendre la maison agréable, vous faites tout ce qu'il faut pour l'en éloigner.

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