PIERRE, LIONEL
PIERRE, saisissant d'une main le bras de Lionel, de l'autre lui montrant Richard qui s'éloigne.
Tu vois bien cet homme-là?
LIONEL
Mon cousin?
PIERRE
Oui. Ce magnifique duc de Villepreneuse, si bien doué par la nature et la fortune , ce grand seigneur accompli, le roi des hautes élégances et des fines railleries, qui joue des autres et de lui-même avec cet aplomb superbe et si bien porté, que la foule envie en l'admirant, et que tu voudrais prendre pour modèle?
LIONEL
Eh bien?
PIERRE
Ce n'est, au fond, qu'un pauvre diable.
LIONEL
Richard! Un pauvre diable?
PIERRE
Un malheureux, te dis-je. A certaines paroles de moi je l'ai vu tressaillir comme un blessé dont on touche la plaie secrète. Examine son attitude aux moments d'abandon, sonde bien son regard. Cet homme-là souffre doublement : il a le remords de sa mauvaise action et le regret de son bonheur perdu. C'est un faux brave qui chante pour cacher sa peur. Sa gaieté n'est qu'un masque. Il pleure au-dedans de lui-même, tandis qu'il
rit à la surface, comme le jeune Spartiate dont un renard dévorait les entrailles.
LIONEL
Tu es sévère.
PIERRE
Je ne suis que juste, parce que je suis vrai.
LIONEL
Peut-être as-tu raison.
PIERRE
Profite du mauvais exemple pour rentrer dans la bonne voie. Prends une femme digne de toi, que tu puisses avouer devant les autres, honorer en toi-même, défendre si on l'attaque, venger si on Tinsulte ; qui soit tour à tour ta joie et ta consolation, toujours ton orgueil; qui porte fièrement ton nom, et n'aille pas dormir dans un lit étranger!
LIONEL
Mais où la trouver cette perle rare?
( On annonce au fond : madame la comtesse d'Apremont, mademoiselle d'Apremont.) PIERRE
Tu demandais une perle : voilà un diamant.