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Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducation

Certains mots de hi' langue française ont eu la mauvaise fortune d'encourir une défaveur imméritée. Un léger ridicule s'est longtemps attaché au mot pédagorjie, surtout au titre depédagogue. « Il y a, dit spirituellement M. D. Xit-ard, quelqu'un qui n'est guère plus aimaLle que le pédant^ c'est hpédagogue^.)) Cette malencontreuse confusion ne tiendraiti'We pas un peu à la ressemljlance de deux termes qui. sous une commune étymologie, renferment deux sens si différents? Le seizième siècle, en créant le mot pédante, a eu >/ de bonnes raisons pour confondre trop souvent le pédagogue avec le pédant.

Aujourd'hui la pédagogie, « l'institution des enfants, » qui relève directement de la psychologie et de la morale, est une véritable science, et le pédagogue n'est phis que celui qui l'étudié, l'enseigne et en fait l'appUcation.

Fondée sur la nature, la^a^syn et le bon sens, l'autorité h=< de Rabelais et de Montaigne auxquels nous~âppÏÏquons sans hésitation ce litre de pédagogues suffirait, ce nous seniblc, à lui restituer sa dignité avec sa signification véritable. ^

La gloire de ces deux éducateurs, ce livre le prouve am- .^ plement,est d'avoir courageusement réagi contre la routine , scolastique, h la besterie, » la science purement (( livresque, n d'avoir vouju, comme disait j\r'* de Gournav, « désenseii

:it la fille adoplive de Montaigne, i ïignerla sottise, » rétablir l'équi- \

1. Histoire de la littérature française, t. IV, p. iSl. RABELAIS ET MONTAIGNE.

libre dans un système suranné qui sacrifiait le corps à l'intelligence, l'intelligence à la mémoire, d'avoir compris enfin que l'éducation doit être l'apprentissage de la vie.

Si Rabelais et Montaigne, ce dernier surtout, malgré son admiration pour Socrate, se méfient de la dialectique socratique, subtile, raffinée, trop pleine, comme les discours de Cicéron, de « longueries d'apprêts, » mais si bien appropriée à l'esprit bellénique, c'est que le lourd et pédantesque mécanisme du syllogisme scolaslique a étouffé dans les écoles et remplacé l'atticisme de cette dialectique. Mais "èe' qu'ils veulent retenir de l'éducation antique, c'est le soin (( de développer dans l'enfant l'être^Jh'ysique intellectuel et moral, l'être tout entier'. » Leur idéal est de réunir l'heureuse harmonie de la perfection morale et de [la perfection physique. L'ascétisme chrétien, en haine de la chair et du péché, mortifiait l'homme et tout le moyen âge a fait subir cette inflexible discipline à l'enfance. La Renaissance, s'inspirant du paganisme et remontant aux beaux temps de la Grèce, protestera contre cet orbilianisme^ révoltant.

Ce jeune page de seize ans' , (( tant honneste en son maintien, qui, le bonnet au poing, la face ouverte, la bouche vermeille, les yeux assis sur Gargantua, commence à louer et magnifier en quatre poincts les vertus du bon roi, » et que Rabelais ne met en scène que pour mieux accuser la différence des deux systèmes d'éducation, d'où vient-il cet heureux Eudemon * qui n'est pas seulement un Grec par le nom? Il est né sur les bords du Céphise ou de l'Ilissus; élève de Socrate, peut-être un peu d'Alcibiade, il a fréquenté les gymnases d'Athènes. Cet aimable jouvenceau, dont « les gestes sont si propres, la prononciation si distincte, la voix si éloquente, le langage si orné, » forme bien le plus parfait

1. Voir le Rapport de M. Gréard, à l'Académie des sciences morales et politiques, sur le concours pour le prix Bordin dont le sujet était : Histoire critique des doctrines de l'éducation en France depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours (1877).

'^. Orbiliaîiisme. Mot formé du nom

d'Ojbilius. le terrible maître d'Horace, qui l'appelle p/n<;ostts, comme nous dirions fouetteur. Agrippa d'Aubigné, dans sa Vie à ses enfants, a écrit « les précepteurs estoient des Orbilies. »

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