‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 2 sur 307 · Gargantua, liv. I". ch. xv · texte numérisé non relu

Gargantua, liv. I". ch. xv

4 Eudemon en grec signifie heureux.

contraste avec les « grimauds, les suppôts crottés et enfumés )) du collège de Montaigu, avec les tristes victimes de ces « geaules » ensanglantées qu'a maudites l'indignation de Rabelais et de Montaigne.

Il ne fallait pas moins que ces traits éloquents pour commencer la ruine d'un édilice encore solide et respecté, que ces impitoyables railleries — en France, le ridicule finit toujours par avoir raison des abus — pour dépopulariser un système d'éducation qui répugnait au simple bon sens*. Que la satire soit quelquefois grossière et passionnée, que nos moralistes satiriques n'aient dit que le mal et l'aient sciemment exagéré, cela est constant, surtout pour Rabelais; mais que le bon sens eût, jusqu'au jour où ils prirent la plume, perdu tous ses titres et son droit de cité en France, qu'avaot^eux, à côté d'eux, on ne puisse citer un éducateur intelligent et sensé, un système, ou tout au moins quelques vues et conceptions qui ne méconnaissent ni léslôîs de la nature, ni les besoins de l'enfance, cela seraîTpiar trop invraisemblable.

C'est pour éviter de tomber dans cette inique prévention, pour ne pas écraser un siècle entier sous l'incontestable perspicacité de nos deux pbdosopbes, que nous croyons utile de jeter rapidement, en dehors de ces deux écrivains, un coup d'oeil général sur l'état delà pédagogie au seizième siècle ^ .

Avant de sceller la première pierre de la nouvelle Sorbonne, le Ministre de l'Instruction publique condamnait l'an dernier l'esprit de l'antique Sorbonne, «. de cette vieille maison ecclésiastique, restée à travers les temps fidèle à ses origines, vouée à la théologie et à la scolastique, fondatrice, il est vrai, de l'imprimerie en France, ennemie des jésuites à leur apparition, mais ennemie aussi de

[1. La seule éducation solide, disait Bersot, a propos du Concours de 1877, est celle quL « s'applique à former des, esprits justes et ouverts. »

2. Nous nous sommes souvent inspiré dans cette Introduction, de l'excellent livre de M. G. Compayré :

Histoire critique des doctrines de l'éducation en France depuis le seizième siècle. (Paris, Hacbeltc, 1SS3.)— Nous avons lu aussi avec fruit l'Etude sur les académies protestantes en France au seizième et au dix-septième siècle.

(Paris, 1882, par M. le pasteur P.-D.

Bourchenin.)

Jeanne d'Arc, de la Réforme, de Descaries, d'Arnauld, des Jansénistes, des philosophes du dix-seplième siècle... » et il terminait son sévère réquisitoire en s'associant à cet arrêt, « qu'une coi^joration qui avait si longtemps abusé du droit de juger méritait d'être jugée à son tour parla raison qu'elle avait tant de fois proscrite '. » Ce n'est pas nous qui nous inscrirons en faux contre ces éloquentes protestations de l'esprit moderne. Si de nos jours l'Université de Franco s'est, dans une mesure de prudente sagesse, constamment associée à l'esprit de progrès et de liberté, reconnaissons que l'ancienne Université, celle de Paris en particulier % ^/orgueilleuse de ses privilèges exorbitants, de ses luttes et de ses triomphes contre des ordres rivaux, cUente privilégiée de la monarchie ^ et de la papauté % a défendu obsti- "r nément la routine contre le progrès, la lettre contre l'esprit, le culte aveugle de la tradition contre les doctrines de libre examen. La réforme du cardinal d'Estouteville, vers le milieu du quinzième siècle, bornée à la revision de quelques statuts, à quelques améliorations de discipline intérieure, fut loin d'être une sérieuse réforme pédagogique. L;i royauté, heureuse d'appeler cà son aide l'autorité du Parlement, cédait à la nécessité de contenir les amlii lions d'une corporation envahissante, indiscrètement mêlée à la politique et à ses passions, oublieuse de ses origines, de sou but, de ses devoirs. L'esprit routinier de ce corps s'était si peu modifié en l'espace de trois siècles qu'une nouvelle réforme qui date de l'an L598, dont Henri IV fut le promoteur, maintient dans les collèges la lecture exclusive des livres / d'Aristote pendant deux années de philosophie, Toldigation pour les élèves, comme pour les maîtres de tous ordres, de parler latin, sous peine de dénonciation et de châtiments.

t. Discoiu-s de M. Goblet à la dislribuUon du Concours général, 1885.

2. Les principaux historiens de l'Université de Paris sont : le recteur (lésar-Egasse du Boulay, 6 vol., publiés de 1665 à 1673, de Chailemagne a. la fin du seizième siècle ; Crevier, depuis l'origine jusqu'en 1600 (7 vol., 1731); Charles Jourdain, Histoire de

r Université de Paris au dix-septième et au dix-huitième siècle. Son œuvre fait suite à celle de du Boulay.

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