‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 130 sur 307 · A MADAME DIANE DE FOIX, COMTESSE DE OURSON · texte numérisé non relu

A MADAME DIANE DE FOIX, COMTESSE DE OURSON

^ Je ne vois jamais pcre, pour bossé* ou teigneux que foust son fils, qui laissast de l'advouer; mais pourtant, s'il n'est du tout* enyvré de celte affection, qu'il ne s'aperçoive de sa défaillance ■'•, mais tant il y a qu'il est sien : aussi moy, je veoy mieulx que tout autre que ce ne sont icy que resveries^ d'homme (jui n'a gousié dos sciences que la crouste première en son enfance, et n'en a retenu qu'un gênerai et informe visage; un peu de cliasque chose, et rien du tout, à la françoise'. Car, en somme, je sçay qu'il y a une médecine, une

facilement au lieu eommundans l'un on l'antre sens. Ce qni est vrai, c'est que les sc'iences et les lettres ne peuvent être cultivées avec succès et é'-lat, que par des nations parvenues à un haut degré de civilisation et même de raffinement, que leur développement correspond fatalement à un certain état moral et intellectuel qui semble menacer les nations de décadence prochaine sans qu'on puisse dire pour cela que les sciences et les lettres corrompent on épurent leurs mœurs. Les Turcs que Montaigne appelle " le plus fort Estât du monde )>^ en sont devenus le plus faible, qni ne se survit à lui-mcnie (jue grâce aux intérêts opposés de rEurn)ie.

Par cnntre,niMis avons vu, de nos jours, un )ionplc savant jusqu'au pédanfisme, en lutte avec une nation maintes fois illustrée par la guerre, remporter sur elle les succès les plus rapides, les plus comiilets. les plus inattendus. 11 faut donc pénétrer au delà de ces considérations superficielles. On cite sans cesse l'exemple des (irecs et des Romains; mais on voit que. secondé par un lienveux concours de circonstances, res])ril militaire peut s'.allier à la culture intellectuelle la plus raffinée et triompher d'une nation rivale que son passé, sa valeur proverbiale , sa confiance en elle-mèuie semblaient assurer contre de si lamentables catastroplies.

1. Institution, du mot latin instituere, d'où instituteur, signifie proprement éducation. Le traité de (juintilien, </t' Institutione oratorio, a pour but l'éducation de l'orateur.

2. Charlotte-Diane de Foix-Candalle, fille de Frédéric de Poix, captai de

Buch, comte de Candalle et de La Rochefoucauld, épousa en 1579 Louis de Foix, comte de Gurson, et Montaigne nous .ipprend qu'il avait eu <• grande part à la conduite de ce mariage ». La jeune femme était sur le point d'être mère et l'auteur ne doutant point qu'elle accouchât d'un fds, — Il vous estes trop généreuse, lui dit-il plus loin, pour commencer aultrement que par un masle, » — lui dédiait à l'avance un véritable petit traité do pédagogie à l'adresse du jeune gentilhomme.

^. Bosse'. On dit aujourd'hui bossue et bosselé, d'un objet qui a des bosses. bossu, d'un homnii- dont la colonne vertébrale est déviée. — Bossé n'appartient plus qu'à la langue technique de la marine.

•4. Du tout, tolalement, entièrement.

5. Défaillance iquod déficit) de ce qui lui manque, c'est le sens propre de faillir.

G. Ces resveries. ce sont les Essais que Montaigne considère comme son enfant.

7. ,4 la françoise. Les Français ont toujours passé pour nn peuple léger, superficiel, incapable do creuser un sujet, et nous avons été les premiers i» répandre ce bruit, le trouvant sans doute flatteur pour notre vanité. Ce qui est vrai, c'est que l'esprit français s'assimile facilement toutes les matières, y met l'ordre et la charte parce qu'il est lui-même clair, net. précis, ami de la lumière, qualités essentielles, dont il serait bon de ne pas trop chercher à nous corriger.

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