‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 170 sur 307 · Pp-r goût · texte numérisé non relu

Pp-r goût

S. L'exemplaire de Bordeaux (1538) fournit cette curieuse variante de là main de Montaigne : « Je n'y trouve aultre remède sinon que de bonne heure son gouverneur l'estrangle, s'il est sans témoings, ou qu'on le mette pastissier, etc. ■> Expression vive et ori-

Radelaiset Montaigne.

ginale du mépris qu'inspire à Montaigne nu gentilhomme si indigne de ses nobles ancêtres. Montaigne, au dire d'un commentateur, a supprimé celte phrase en songeant « aux abus horribles que produirait l'usage d'un tel remède. » N'est-ce pas faire preuve d'excessive naïveté de prendre au pied de la lettrele conseil de Montaigne, se décidant, après réflexion, à faire grâce de l'étranglement à tant de fils de famille indignes '.

9. Montaigne joue en quelque sorte sur le mot. Dans le premier sens, faculte: i/acultates) signiiie fortune, condition, rang.

10. L'argile est molle et humide ; allons, hàtons-nous, et, sans perdre de temp";. faconnons-la sur la roue (Perse; III, 23). *

On nous apprend à vivre quand la vie est passée. Cicero disoit que, quand il vivroit la vie de deux hommes, il ne prendroit -pas le loisir d'estudicr les poètes lyriques; et je treuve ces ergotistes * plus tristement encores inutiles. Nostre enfant est bien plus pressé : il ne doibt au paidagogisme^ que les premiers quinze ou seize ans de sa vie ; le demeurant est deu à l'action. Employons un temps si court aux instructions nécessaires. Ce sont abus : ostez toutes ces subtilitez espineuses de la dialectique, dequoy nostre vie ne se peult amender; prenez les simples discours de la philosophie, sçachez les choisir et traicter à poinct : ils sont plus aysez à concevoir qu'un conte de Boccace; un enfant en est capable au partir de la nourrice, beaucoup mieulx que d'apprendre à lire ou escrire. La philosophie a des discours pour la naissance des hommes, comme pour la décrépitude.

Je suis de l'advis de Plutarque, qu'Aristote n'amusa pas tant son grand disciple^ à l'artifice de composer syllogismes, ou aux principes de géométrie, comme à l'instruire des bons préceptes touchant la vaillance, la prouesse, la magnanimité et tempérance, et l'asseurance de ne rien craindre ; et, avecques cette munition'*, il l'envoya encores enfant subjuguer l'empire du inonde à tout^ trente mille hommes de pied, quatre mille chevaulx, et quarante-deux mille escus seulement. Les aultres arts et sciences, dict il, Alexandre les honnoroit bien, et louoit leur excellence et gentillesse ; mais, pour plaisir qu'il y prinst^, il n'estoit pas facile à se laisser surprendre à l'affection de les vouloir exercer.

Petite hinc, javencsqiie senesque, Fincm animo certum, miserisque viatica canis''.

C'est ce que dict Epicurus' au commencement de sa lettre à Meniceus : c Ny le plus jeune refuye à philosopher, ny le plus vieil s'y lasse. » Qui faict aultrement, il semble dire, ou qu'il n'est pas encores saison d'heureusement vivre, ou qu'il n'en est plus saison. Pour tout cecy, je ne veulx pas qu'on emprisonne

i. Ces philosophes qui ergotent, discutent sur des mois. Passage cilé par Sénèque. Epist. xlix.

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