‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 187 sur 307 · CHAPITRE XXV. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. i

C'est un bel et grand adgencement ' sans double que le grec et latin, mais on l'achepte trop cher. Je diray icy une façon d'en avoir meilleur marché que de coustume, qui a esté essayée en^ moy mesme : s'en servira qui vouldra. Feu mon père', ayant faict toutes les recherches qu'homme peult faire, parmy les gens sçavants et d'entendement, d'une forme d'institution exquise, feut advisé de cet inconvénient qui estoit en usage; et luy disoit on que cette longueur que nous mettions à apprendre les langues qui ne leur coustoient rien*, est la seule cause pourquoy nous ne pouvons arriver à la grandeur d'ame et de cognoissance des anciens Grecs et Romains^. Je ne croy pas que ce en soit la seule cause. Tant y a, que l'expédient que mon père y trouva, ce feut qu'en nourrice, et avant le premier desnouement de ma langue, il me donna en charge à un Allemand, qui depuis est mort fameux médecin en France, du tout ignorant de nostre langue, et tresbien versé en la latine.

Cettuy cy, qu'il avoit faict venir exprez, et qui estoit bien chèrement gagé, m'avoit continuellement entre les bras. 11 en eut aussi avecques luy deux aultres moindres en sçavoir, pour me suyvre, et soulager le premier : ceulx cy ne m'entretenoient d'autre langue que latine^. Quant au reste de sa maison, c'estoit une règle inviolable que ny luy mesme, ny ma mère, ny valet, ny chambrière, ne parloient en ma compaignie qu'autant de mots de latin que chascun avoit apprins pour jargonner avec moy. C'est merveille du fruict que chascun y feit: mon père et mère y apprindrent assez de latin pour l'entendre, et en acquirent à suffisance pour s'en servir à la nécessité, comme feirent aussi les aultres domestiques qui estoient plus

lien, mais par;iU n'avoir gaère entendu aucun autre idiome moderne.

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