COMMENT GARGANTUA FUT MIS SOUS AULTRE3 PEDAGOGUES
A tant * son père apperceut que vrayement il estudioit très bien, el y metloit tout son temps ; toutesfois qu'en rien ne proufliloit, et, qui pis est, en dcvenoit fou, niays, tout resveux et rassoté^.
De quoy se complaignant à don Philippe des Marays ', viceroy (le Papeligosse, entendit que inieulx luy vaudroitrien n'apprendre que lelz livres sous telz précepteurs, apprendre. Car leur savoir n'estoit que besterie ; et leur sapience n'estoit que moufles *, abaslardissatit les bons et nobles esprits et corrompant toute lleur de jeunesse. « Et qu'ainsi soit^, prenez, dist il, quelqu'un de ces jeunes gens du temps présent, qui ait seulement estudié deux ans : en cas qu'il n'ait meilleur jugement, meilleures paroles, meilleur propos que vostre filz, et meilleur entretien et lionnesteté entre le monde, reputezmoy à jamais un taillebacon " de la Brene "^ . » Ce que à Grandgousier pleut très l)ien, et commanda qu'ainsi fust faict.
Au soir, en soupant, ledicl des Marays introduict un sien jeune paige * de Villegongis ^, nommé Eudemon ^^, tant bien testonné '*, tant bien tiré *2, tant bien espousseté, tant lionuèsle en son maintien que trop mieulx ressembioit quelque petit angelot *^ qu'un homme. Puis dist à Grandgousier:
« Voyez vous ce jeune enfant ? il n'a encores seize ans ** : voyons, si bon vous semble, quelle différence y a entre le sçavoir "de vos resveurs mateologiens '* du temps jadis et les jeunes gens
Brissac, appelé par les dames de la cour le beau Brissac.