CHAPITRE vni
quand* la raison, les chérir d'une amitié vrayemont paternelle; et en juger de mesme, s'ils sont auItres:nous rendants tousjours à la raison, nonobstant la force naturelle. Il en va fort souvent au rebours ; et le plus communément nous nous sentons plus esmeus des trépignements, jeux et niaiseries puériles de nos enfants, que nous ne taisons aprez de leurs actions toutes formées; comme si nous les avions aimez pour nostre passetemps, ainsi que des guenons, non ainsi que des hommes : et tel fournit bien libéralement de jouets à leur enfance, qui se treuve resserré à la moindre despense qu'il leur fault estants en aage. Voire- il semble que la jalousie^ que nous avons de les veoir paroistre et jouir du monde quand nous sommes à mesme '■* de le quitter, nous rende plus espargnants et retrains ^ envers eulx : il nous fasche qu'ils nous marchent sur les talons, comme pour nous soliciter de sortir; et si nous avions à craindre cela, puisque l'ordre des choses porte qu'ils ne peuvent, à dire verilé, estre ny vivre qu'aux despens de nostre estre et de nostre vie, nous ne debvions pas nous mosler d'esire pères.
Quant à moy, je treuve que c'est cruauté et injustice de ne les recevoir au partage et société de nos biens, et compaignons en l'intelligence^ de nos alTaires domestiques, quand ils en sont capables, et de ne relrencher et resserrer nos commoditez pour prouveoir aux leurs, puisque nous les avons engendrez à cet elTect. C'est injustice de veoir qu'un père vieil, cassé et demy mort, jouisse seul, à un coing du foyer, des biens qui suffiroient à l'advancement et entretien de plusieurs enfants, et qu'il les laisse ce pendant, par fnulte de moyens, perdre leurs meilleures années sans se poulser au service public et cognoissance des hommes. On les jecte au desespoir de chercher par quelque voye, pour injuste qu'elle soit, ii prouveoir à leur bcsoing : comme j'ay veu, de mon temps, plusieurs jeunes hommes, de bonne maison, si addonnez au larrecin, que nulle correction les en pouvoit destourner. J'en cognois un, bien apparenté, à qui, par
Monlai-ine no voit pas ot ne 9C,ni pas (|uc rotto voix du sang qu'il dcdaigne si foi-t est î'anxiliaire indispensable de la raison. C'est jjar^^o f|iri)n aime ses enfants, à peine encore hps. qu'on en fait des créatures morales et irdelligenles, di-rncs de cet amour qu'on leur octroie par avance, sans eom|)ter. Cet amour raisonné est sans doute raisonnable, mais l'auteur ne persuadera ni à M™' d'Estissac, ce modèle des mères.
ni .H aucune véritable mère qu'il faille lutter contre ce qu'il appelle « /a force naturelle. >•