CHAPITRE VIII
gouvernement de ses alïuircs, et de pouvoir, pendunt sa vie, conlrerooller leurs déportenientsi, leur Iburnissant d'inslruclion et d'udvis suyvant l'expérience qu'il en a, et d'acheminer luy niesme l'ancien lioimeur et ordre de sa maison en la main de ses successeurs, et se respondrc par là des espérances quil peuU. prendre de leur eonduiete à venir. Et, pour cet elTect, je ne vouidrois pas fuyr leur conipaignie; je vouldrois les esclairer de prez, et jouir, selon la condition de mou aage, de leur alaif,'resse et de leurs festes. Si je ne vivois parmy euL\ (comme je ne pourrois, sans oiïenser leur assemblée, par le cliapîrin de mon aage et la subjection de mes maladies, et sans contraindre aussi et forcer les règles et façons de vivre que j'aurois lors), je vouldrois au moins vivre prez d'eulx, en un quartier de ma maison, non pas le plus en parade, mais le plus en commodilé. Non comme je veis, il y a quelques années, un doyen de Sainct Hilaire de Poictiers, rendu à telle solitude par l'incommodilé de sa melancholie, que, lorsque j'enlray en sa chambre, il y avoit vingt et deux ans qu'il n'en estoit sorty un seul pas; et siavoit toutes ses actions libres et aysos, sauf un rheume qui luy tumboit sur l'estomach : à peine une fois l:i sepmaine vouloit il permettre qu'aulcun ' enfrast pour le veoir; il se tenoit lousjours enfermé par le dedans de sa chambre, seul, sauf ([u'un valet luy portoit une fois le jour à manger, qui ne faisoit qu'enlrer et sortir : son occupation esloit de se promener, et lire quelque livre, car il cognoissoit aulcunement* les lettres, obstiné, au demourant, de mourir en cette desmarche '% comme il feit bientost aprez. J'essayerois, par une douice conversation, de nourrir en mes enfants une vifve amitié et bienvueillance, non feincte, en mon endroict; ce qu'on gaigne ayseement envers des natures bien nées : car si ce sont bestes furieuses^, comme nostrc siècle en produict à milliers, il les fault haïr et fuyr pour telles^.
Je veulx mal à cette coustume, d'interdire aux enfants l'ap- \ pellalion paternelle, et leur en enjoindre une esirangiere, ■ comme plus reverenliale", nature n'ayant* volontiers pas sufli-
1. Di'portri)>riils signilinit coniluilc en lionne on en mauvaise part.