‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 239 sur 307 · Outrecuidé, outrecuidant · texte numérisé non relu

Outrecuidé, outrecuidant

218 ESSAIS DE MOXTAIGXE.

qucs au fonds, ou de regarder la chose par quelque fauls lustre'. ][ se contente de segarantir seulement du trouble et du desrcglemcnt : quanta sa foiblesse, il larecognoist et advoue volontiers. Il pense donner juste interprétation aux apparences que sa conception luy présente; mais elles sont imbecilles^ et imparfaictes. La pluspart des fables d'Ksope ont plusieurs sens etiulelli"ences^ : ceuk qui lesmytliologiscnt *, eu choisissent quelque visage qui quadre bien à la fable ; mais pour la pluspart, ce u'esl que le premier visage et superliciel; il y en a d'aultres plus vifs, plus essentiels et internes, ausquels ils n'ont sccu pénétrer : voylà comme j'en foys.

Mais, pour suivre ma route, il m'a tousjours semblé qu'en la poésie, Virgile, Lucrèce, Catulle et Horace tiennent de bien loing le premier reng; et signamment Virgile en ses Georgiques, que j'estime le plus accomply ouvrage de la poësie : à comparaison duquel on peult recognoistre ayseement qu'il y a des eudroicts de l'Aeneïde ausquels l'aucteur eust donné encores quelque tour de pigne^ s'il en eust eu loisir; et le cinquiesme livre en l'Aeneïde me semble le plus parfaicf. J'aymc aussi Lucain et le practique volontiers, non tant pour son style, que pour sa valeur propre et vérité de ses opinions et jugements. Quant au bon Terence, la mignardise' et les grâces du langage latin, je le treuve admirable à représenter au vif les mouvements de l'ame et la condition de nos mœurs; à toute heure nos actions me rejectent à luy : je ne le puis lire si souvent, que je n'y treuve quelque beaulté et grâce nouvelle. Ceulx des temps voisins à Virgile se plaignoient de quoy aulcuns* luy comparoient Lucrèce : je suis d'opinion que c'est à la vérité une comparaison iuoguale; mais j'ay bien à faire à me r'asseurer en cette créance, quand je me treuve allaché à quebpu^ beau lieu de ceulx de Lucrèce. S'ils se picquoient de cette comparaison, que diroient ils de la bestise et stupidité barbaresque de ceulx qui luy comparent à cette heure Arioste? et qu'en iliroit Arioste

luy mesnui?

0 secium insiiiiens et iiificetum^l

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