CHAPITRE X
J'estime que les anciens avoieut encoros plus à se plaindre de ceulx qui apparioient ^ Plante à Terence ^ (cetluy cy sent bien mieulx son gentilhomme), que Lucrèce à Virgile. Pour l'estimation et préférence de Terence', faict beaucoup que le père de l'éloquence romaine l'a si souvent en la bouche, seul de son reng; et la sentence que le premier juge des poètes romains donne de son compaignon'^. Il m'est souvent tumbé en fantasie comme, en nostre temps, ceulx qui se ineslont de faire des comédies (ainsi que les Ilaliens qui y sont assez heureux) employent trois ou quatre arguments •'' de celles de Terence ou de Plante, pour en faire une des leurs : ils entassent en une seule comédie cinq ou six contes de Boccace. Ce qui les faict ainsi se charger de matière, c'est la desfiance qu'ils ont de se pouvoir soustenir de leurs propres grâces : il fault qu'ils treuvent un corps où s'appuyer ; et n'ayants pas, du leur, assez de quoy nous arrester, ils veulent que le conte nous amuse. Il en va de mon aucteur tout au contraire : les perfections et beaultez de sa façon de dire nous font perdre rappolif^ de son subjecl; sa gentillesse et sa mignardise nous retiennent par tout; il est par tout si plaisant,
Liqiiidus, puroque similliiniis amiii",
et nous remplit tant l'ame de ses grâces, que nous en oublions celles de sa fable. Cette mesme considoralion me lire plus avant : je veois que les bons et anciens poêles ont évité l'alfeciation et la recherche, non seulement des fantastiques eslevations* espaignolles etpetrarcliistes^, mais des poinctesmesmes plus doulces