‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 245 sur 307 · Preste un peu, c'est-à-dire fait quelques concessions · texte numérisé non relu

Preste un peu, c'est-à-dire fait quelques concessions

à la tyrannie des empereurs de son temps, car je tiens pour certain que c'est d'un jugement forcé qu'il condemne la cause de ces généreux meurtriers de Gesar; Plularque est libre par tout : Seneque est plein de poinctes et saillies; Plutarque, de choses : Celuy là vous cschaulïe plus et vous esmeut; cettuy cy vous contente davantage et vous paye mieulx; il nous guide, l'aullrc nous poulse^.

Quant à Cicero, les ouvrages qui me peuvent servir chez luy à mou dessoing, ce sont coulx qui traictent de la philosophie spécialement morale. Mais, à confesser liardiement la vérité (car, ]iuisqu'on a franchi les barrières de l'impudence, il n'y a plus lie bride), sa façon d'escrire me semble ennuyeuse; et toute aullre [)areille façon : car ses préfaces, deiinilions, parlitions, etymologies, consument la plus part- de sou ouvrage; ce qu'il y a de vif et de rnouelle est estoulïé par ses longueries d'apprests. Si j'ay employé une heure à le lire, qui est beaucoup pour moy, et que je ramenloive^ ce que j'en ay tiré de suc et de substance, la idus i)art du temps je n'y trouve que du vent; car il n'est pas encores venu aux argumenis qui servent à son propos, et aux raisons qui touchent projirement le nœud que je clierche. Pour moy, (jui ne demande qu'à devenir plus sage, non plus sçavant ou elo(iucnt, ces ordonnances'* logiciennes et aristotéliques ne sont pas à propos; je veulx qu'on couunence par le dernier poinct : j'entends assez que c'est que Mort et Voluplé; qu'on ne s'amuse pas à les analomizer. Je cherche dos raisons bonnes et fermes, d'arrivée^, qui m'instruisent à en soustcnir l'elTort ; ny les sul)tilitez granmiairiennes, ny l'ingénieuse contcxture de paroles el d'argumentations, n'y servent. Je vculx des discours (jui donnent la première charge^ dans le ]ilus fort du double : les siens languissent autour du pot; ils sont bons pour l'eschole, pour le barreau el pour le sermon, où nous avons loisir de sommeiller, et sommes encores, un quart d'heure aprez, assez à temps pour eu retrouver le lil. Il est besoing de parler ainsiii aux juges qu'on veult gaigner à lort ou à droict"^, aux enfants el au vulgaire, à qui il faull tout dire, et veoir ce qui portera^. Je

1. H semble bien d'après ce paral- 1l1l>, ut si nous ne le savions d'aiMeui-s, que Montaigne préfère Plutarque à Séiièquc.

2. Consument la pluspnrt, c'est-àdiro ]U'cnnonl ])rcsquo luule la place.

15. JtaiHentoiac, du verbe raincnti'.voir, ramentecant, ranientti, se remémorer, se rnppclcr.

■i. Ordnnnancex . dispositions du discours, formes d'argumentation.

Page 1