Devis, discours
en sa tente à quelqu'un de ses privez amis, la veille d'une battaille, que les propos qu'il teint le lendemain à son armée ; et ce qu'il faisoit en son cabinet et en sa chambre, que ce qu'il laisoit emmy* la place et au sénat. Quant à Cicero, je suis du jugemeut commuu, que, hors la science, il n'y avoit pas beaucoup d'excellence en son ame : il esloit bon citoyen, d'une nature débonnaire, comme sont volontiers les hommes gras et gosseurs-, tel qu'il esloit; mais de mollesse, et de vanité ambitieuse, il en avoit, sans mentir, bcaucou]). Et si ne sçais comment l'excuser d'avoir estimé sa poisie digne d'es'Ire mise en lumière : ce n'est pas grande imperfection que de faire mal des vers; mais c'est imperfection ^ de n'avoir pas senty combien ils estoient indignes de la gloire de son nom. Quant à son éloquence, elle est du tout hors de comparaison : je crois que jamais homme ne l'egualera. Le jeune Cicero, qui n'a ressemblé son père* que de nom, commandant en Asie, il se trouva un jour en sa table plusieurs estrangiers, et entre aultres Ccstius, assis au bas boul, connue on se fourre souvent aux tables ouvertes des grands. Cicero s'informa qui il esloil, à l'un de ses genls, (|ui luy dict son nom : mais, comme celuy qui songeoit ailleurs, et qui oublioil ce qu'on luy respoudoit, il le luy redemanda encores, depuis, deux ou trois fois. Le serviteur, pour n'esire plus en peine de luy redire si souvent mesme chose, et pour le luy faire cognoistre par queUpie circonstance, « C'est, dict il, ce Ceslius, de qui on vous a dict qu'il ne faict pas grand estât de l'éloquence de vostrc père, au i)rix de la sienne. » Cicero, s'estant soubdain picqué de cela, commanda qu'on empoignast ce pauvre Ceslius, et le feit tresbien fouetter en sa présence. Voylà un mal courtois hosle! Enirc ceulx niesmes (juiont estime, toutes choses comptées, cette sienne éloquence incomparable, il y en a eu (jui n'ont [tas laissé d'y remarquer des