Préfaces, préambules
13. Montaigne ajoutait ici : « Aimant mieux être en querelle qu'en dispute, se trouvant plus fort de poing que de raisons, se fiant plus de son poing que de sa langue ou aimant mieux céder par le corps que par l'esprit, et cherche, etc. ■> Il a rayé cette addition sur l'exemplaire corrigé. Nous relevons ici cette suppression, parce qu'elle nous offre une leçon de .«tyle. Montaigne distinguait l'abondance et la richesse des expressions d'une vaine redondance. I..a facilité de sa causerie n'exclut pas le travail du style et la sévérité du goût.
15. Nous disons encore une querelle d'Allemand, mauvaise querelle, sans prétexte.
ce dernier ne veoid rien en la raison, mais il vous lient assiégé sur la closture dialectique de ses clauses ', et sur les formules de son art-.
Or, qui n'entre eti desfiance des sciences, et n'est en double s'il s'en pcult tirer quelque solide fruict au besoing de la vie, à considérer l'usage que nous en avons? niliil sanantibus Utleris ^. Qui a pris de l'entendement en la logique? où sont ses belles promesses? necad melius vivendum, nec ad commodius disserendum'*. Veoid on plus de barbouillage au cacquet des liarengieres, qu'aux disputes pnblicques des hommes de cette profession? J'aimerois mieulx que mon fils apprinst aux tavernes à parler, qu'aux esclioles de la parlerie. Ayez un maistre ez arts, conférez avecques luy; que ne nous faict il sentir celte excellence artilicieiie, et ne ravit les femmes et les ignorants comme nous sommes, par l'admiration de la fermeté de ses raisons, de la beauté de son ordre? (juc ne nous domine il et persuade comme il veult? un homme si advanlagfux en matière et en conduicte, pourquoy mesie il à son escrime les injures, l'indiscrétion et la rage ^? Qu'il oste son chapperon*, sa robbe elsou latin; qu'il ne batte pas nos aureilles d'Aristote tout pur et tout crud ; vous le prendrez pour l'un d'entre nous, ou pis. Il me semble de cette implication'' et entrelaceure du langage par où ils nous pressent, qu'il en va comme des joueurs de passe-passe*; leur soupplesse condjat et force nos sens, mais elle n'esbranle aulcunement noslre créance : hors ce bastelage, ils ne font rien qui ne soil commun et vil; pour esire plus sçavants, ils n'en
i.ChtfifurpcIcn filaiisëx, dilemmos qui enferineut radvers.nire {concliisionex).
2. Montaigne signale spirituellement ii'i les abus de la méthoile sodlasliqnc qui lemplaeait souvent la raison et le bon sens par de vaines formules.
3. « De ces lettres qui ne guérissent de rien. » (Sênèoi'e, Leltrf"s, 59.)
■i. " Elle n'enseigne ni à mieux vivre, ni à mieux raisonner. » (Cicérox, Di'h i'>vu> éfV'H.s' ('/ (irf: vrais maux. I. 19.) C'était i'(>i)inion d'Epioure sur la dialectique des stoïciens.
5. Le latin des Scaligers et autres savants du seizième siècle est rempli d'injures à leurs adversaires, il est vrai que " le latin dans les mots brave l'JioniictcliK » Ou les a spirituellement appelés II les gladiateurs » de l'érudition.