CHAPITRE VIII
2oo
et redresser celuy qui n'en a que faire, et qui en vault moins. J'aime à les laisser embourber et empestrer encore plus qu'ils ne sont, et si avant, s'il est possible, qu'enfin ils se recognoissent^.
La sottise et desreglement de sens n'est pas chose guarissable par un traict d'advertissement : et pouvons proprement dire de cette réparation- ce que Cyrus respond à celuy qui le presse d'enliorter son ost'', sur le poinct d'une battaille : « Que les hommes ne se rendent pas courageux et belliqueux sur le champ par une bonne liarangue; non plus qu'on ne devient incontinent musicien, pour ouïr une bonne chanson '*. » Ce sont apprentissages qui ont à eslre faits avant la main "^ par longue et constante institmi(m^. iXous debvons ce soing aux nostres et cette assiduité de correclion, et d'instruction; mais d'aller prescher le premier passant, et régenter l'ignorance et ineptie du premier rencontré, c'est un usage auquel je veulx grand mal. Rarement le lois je, aux propos mesme qui se passent avecques mov; et quile plustost tout, que de venir à ces instructions reculées '' et magistrales; mon humeur n'est propre non plus h parler qu'à escrire pour les principiants^ : mais aux choses qui se disent en commun, ou entre aultres^, pour faulseset absurdes que je les juge, je ne me jecle jamais à la traverse, ny de parole ny de signe.
Audemourant, rien no. me despiie lant en la sottise, que de quoyi** elle se plaistplus que aulcune raison ne se peult raisonnablement plaire. C'est malheur ^i, que la prudence vous deffend de vous satisfaire et fier de vous*^, et vous renvoyé tousjours mal content et craintif; là où l'opiniastreté et la témérité remplissent leurs hostes d'esjouïssance ""et d'asseurance. C'est aux plus malhabiles*-^ de regarder lesaullres hommes par dessus l'espaule, s'en retournants toujours du combat pleins de gloire