AU CE
Régime une misère affreuse. Le pauvre bûcheron ne se rencontrait pas seulement dans les fables de La Fontaine et les contes de Perrault. Les laboureurs, accablés d'impôts, empêchés de travailler par les corvées, privés de leurs instruments par les saisies, endettés envers leurs seigneurs, arrivaient à délaisser la terre qui ne les nourrissait plus. Nous avons vu que les intendants et les états provinciaux se préoccupaient beaucoup de ces vagabonds, pour lesquels on ouvrait des ateliers de charité ; mais souvent il fallait y conduire de force ces découragés. « À Paris, écrit le marquis d'Argenson en 1749 (1), on fourmille de mendiants ; on ne saurait s'arrêter à une porte que dix gueux ne viennent vous relancer de leurs clameurs. On dit que ce sont des habitants des campagnes qui, n’y pouvant plus tenir par les vexations qu'ils y essuient, viennent se réfugier dans les villes. » L’émigration dépeuplait le royaume. « Une personne m'a dit que quantité de paysans désertent cette province (le Dauphiné) et se réfugient en Piémont, Savoie, Espagne, effrayés, tourmentés de la poursuite du dixième en régie... A Lyon il y a plus de 20.000 ouvriers en soie qui sont consignés aux portes : on les garde à vue de peur qu’ils ne passent à l'étranger (2) ». D’Argenson, retournant dans son village, y trouve bien des vides :
1. Mémoires, 21 juin 1749, édit. Rathery, t. V, p. 480. 2. TIbidem, 15 avril 1952, t. VIL, p. 194.
« Mon curé m'a dit que huit familles qui vivaient de leur travail avant mon départ mendient aujourd’hui léur pain. On ne trouve point à travailler … » (1) Les mères n’ont pas de lait pour nourrir leurs enfants, les enfants meurent en naissant, « J'entends dire que le mariage et la peuplade ne vont pas. Dans ma paroisse qui a peu de feux, il y a plus de 30 garçons ou filles, qui sont parvenus à l’âge plus que nubile ; il ne se fait aucuns mariages, et n’en est pas seulement question entre eux. On les excite, et ils répondent tous la même chose, que ce n’est pas la peine de faire des malheureux comme eux.» (2) Aussi, sous la Régence,le Royaume ne comptait-il plus que 16 à 18 millions d'habitants. Il est vrai que dans le cours du xvue siècle, grâce à la politique pacifique du cardinal Fleury, à une renaissance de l'esprit public, au zèle et à la valeur de la plupart des intendanis, la situation s’améliora. Le règne de Louis XVI devait rendre à la France une prospérité relative (3). Mais elle n’était due qu'aux hommes, et non aux institutions.
Ces institutions, certains « esprits éclairés » voulurent les corriger. « Labourage et Pâturage sont les deux mamelles de la France », avait proclamé Sully