CHAPITRE IV
Les projets de décentralisation à la fin du XVIT: siècle
Projets de réforme fiscale : Boisguillebert et Vauban. — Projets administratifs : Fénelon. Saint-Simon. La Polysynodie de l'abbé de Saint-Pierre. Revendications féodales de Boulainvilliers.
C’est vers la fin du règne de Louis XIV que l'alarme fut donnée par les premiers économistes. Vauban et Boisguillebert s’attachèrent à prouver que le déclin de la fortune publique et privée était la conséquence de la mauvaise administration fiscale. «Quelque essentielles que soient à la bonne ou mauvaise disposition d’un pays les qualités du climat et des terres, cependant l'exemple de l'Espagne et de la Hollande montre évidemment que l’habileté ou la méprise de ceux qui gouvernent y contribue pour le
moins autant que la nature (1). » Ils développèrent ces idées, le premier dans la Dîme Royale, qui
parut en 1:07, le second dans le Détail de la France
1. Boisguillebert, Détail de la France, 5° partie, chap. VI, édit. Daire, p. 234.
qui, publié en 1697 et retouché ensuite, fut redonné dix ans plus tard sous lenom de Factum de la France, et de nouveau dans le Testament politique du maréchal de Vauban, titre imposteur à la vérité, mais qui montre bien la communauté de pensée des deux écri-
vains.
D’après eux, la diminution du revenu en, France,
qui aurait été de la moitié en cinquante années, serait dûe au défaut de consommation, qui a entraîné la baisse du prix des denrées et la diminution de la production. Et la consommation a cessé, dit Boisguillebert en termes énergiques (1), « parce qu’elle est devenue absolument défendue et absolument impossible. Elle est défendue par l'incertitude de Ia taille qui, étant arbitraire, n’a point de tarif plus certain que d’être payée plus ‘haut plus on est pauvre, et plus on fait valoir de fonds appartenant à des personnes indéfendues ; et plus bas, plus on est riche, et plus on a de recettes considérables, qui portent avec elles le pouvoir de faire payer la taille aux malheureux... en sorte qu’il n’est point extraordinaire de voir dans une même paroisse une recette de trois à quatre mille livres de rentes ne contribuer que pour dix ou douze écus à la taille, pendant qu’une autre, qui ne tient que pour trois ou quatre cents livres de fermage, en paiera cent pour sa part... Et la consommation est devenue