‹ Les Idées de Turgot La Décentralisation AdministrativeChapitre 20 sur 98 · Op. cit., 2° partie, chap. IL, édit. Daire, p. 180 sqq · texte numérisé non relu

Op. cit., 2° partie, chap. IL, édit. Daire, p. 180 sqq

impossible par les aides et les douanes sur les sorties et passages du Royaume, qui ont mis toutes les denrées à ce point que non seulement elles ne se transportent plus au dehors au quart de ce qu’elles faisaient autrefois, mais qu'elles périssent même dans les lieux où elles croissent, pendant qu’en d’autres lieux elles valent un prix exhorbitant, ce qui ruine les deux contrées, parce que tout pays qui ne vend point ses denrées ne tire point celles des autres ».

Le remède, très simple, consisterait dans la proportion entre l’impôt et le revenu, réforme qui serait à la fois juste au point de vue moral comme au point de vue économique, commode, conforme à la nature des choses et à la répartition de la fortune. Vauban propose l'établissement au profit du Roi d’une dime pareille à celle du clergé, perçue en nature sur les récoltes, en argent sur les rentes de l’industrie, du commerce, des maisons des villes et gros bourgs du royaume. Boisguillebert, qui critique ce système peu pratique, demande seulement la suppression des impôts indirects, et pour la taille l’application des vieilles ordonnances, par exemple celle de Charles VII qui portait : « Voulons esgalité être gardée entre nos sujets ès charges et faix qu'ils ont à supporter. » L'effet, pense-t-il, en serait immédiat : un édit qui prendrait cès mesures « ferait sortir aussitôt tous les vignerons... de leurs tanières pour

rétablir les vignes (1) », chacun se remettrait au travail, mû par son propre intérêt ; vingt-quatre heures suffiraient pour enrichir tout le pays, et Sa Majesté récupérant 500.000.000 — chiffre auquel était évaluée la perte depuis un demi-siècle —- ferait & une des plus belles conquêtes qu’elle puisse jamais faire (2) ».

Ces projets n’eurent tout d’abord pas d’autres effets que la disgrâce du maréchal de Vauban et l’exil en Auvergne de Boisguillebert, magistrat à Rouen. Mais leurs idées devaient par la suite porter d’autres fruits : une mauvaise organisation a ruiné l’agriculture ; l'impôt, qui ne devrait être qu’une part, un prélèvement sur les richesses nationales, les a détruites gauchement ; quelles sont donc les conditions du meilleur développement des richesses, et comment peut-on le concilier avec la perception de l'impôt ? Ne serait-il pas soumis à des lois, comme tout l’est dans la naiïure ? Un demi-siècle après la condamnation de Vauban et de Boisguillebert, l’école physiocratique crut avoir découvert ces lois, et Turgot, qui en suivit les préceptes, fonda sur elles son système fiscal et administratif.

En attendant, la Dime Royale, brûlée par le gouvernement de Louis XIV, reçut en secret un favo-

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