‹ Les Idées de Turgot La Décentralisation AdministrativeChapitre 2 sur 98 · Proudhon, Principe fédératif · texte numérisé non relu

Proudhon, Principe fédératif

2. M. Louis Lacombe, dans son article intitulé : Les Théories de Taine sur l'instinct social (Revue politique et parlementaire,

Pour parfaire cette unité, un procédé très simple était d'étendre partout le pouvoir absolu du Roi. « Il est certain, écrivait le marquis de Mirabeau en 1750(1), que de supprimer les privilèges des pays d'Etats est un moyen de mettre plus d'égalité parmi les sujets : celui que « côte à côte d’un pauvre on avait inhumé » le trouva son égal à tous égards. Quant à moi, je propose un autre moyen d'établir l'égalité, c’est de faire participer toutes les provinces aux avantages de celles qui ont des Etats. » Ce dernier eût assurément eu la grande qualité de ranimer dans la nation, devenue une, l'esprit public, de faire passer pour ainsi dire cette unité dans le domaine sentimental. Employé par le Roi suivant les conditions qu'il aurait crues nécessaires au respect de ses propres prérogatives, il n’offrait pas les dangers des Etats provinciaux. C’est ce que comprirent et demandèrent à partir de la fin du xvn° siècle un certain nombre de penseurs qui s’intéressèrent à la question. Il leur fallut da temps sans doute pour corriger, rectifier la notion du pouvoir local, pour le débarrasser de tout ce qu’il avait eu jusqu'alors d'’irrégulier et d’exorbitant, pour limiter enfin ses attributions à la seule administration. Mais ils y arrivèrent

10 avril 1908) a montré « l’apathie étonnante des populations

provinciales au moment où Paris disposait de leur sort » sous la Révolution.

1. Rép. aux Objections sur les Etats Prov. (Ami des Hommes. t. IL, p. 140).

vers le milieu du xvine siècle. Ainsi le premier auteur d’un projet libéral, Fénelon,avait admis encore que les Etats n’offrissent au roi qu’un don gratuit ; les derniers, d'Argenson et Mirabeau, repoussent cette idée comme un empiètement sur le pouvoir central et une cause d’anarchie.

Tel fut le travail préparatoire qui s’accomplit avant l'entrée de Turgot dans la vie publique. L’esprit du siècle de la raison, qui remettait tous les vieux usages en question, et faisait avec une méthode, pour ainsi dire scientifique, l'examen des anciennes institutions, avait dégagé la théorie de la décentralisation de celle du privilège. Turgot, reprenant l’œuvre où l'avaient laissée ses aînés, renchérissant, si j'ose m'exprimer ainsi, sur leur méthode et leurs conclusions, prouva l'utilité et la légitimité de sa réforme en l’appuyant sur des principes, dont il emprunta la plupart à la science qu'il contribua à créer, l'Economie politique. L'histoire de son projet, qui, réalisé, eût peut-être pu conserver la couronne de Louis XVI, montre malheureusement qu'il fut lui-même un précurseur, mais que son influence, pour n’avoir pas été immédiete, n'en pas été moins importante.

L'ordre des chapitres sera celui de ces idées et de ces événements. Pour en mieux marquer les principaux caractères, il m’a-paru utile de diviser ce tra-

vail en trois parties : la première comprend un P. Martin 2

tableau de l'administration sous l’Ancien Régime, avec un résumé des différents systèmes qui furent proposés pour la réformer avant celui de Turgot, et qui contribuent à déterminer nettement la place qu’il a lui-même occupée ; la deuxième est consacrée au puissant système qu'il avait conçu ; la dernière décrit l’accueil qui fut fait à son projet par la Cour et par l'opinion publique, et la revanche posthume qu'il eut malgré tout avant même la Révolution.

La conclusion montre enfin ce que nous pourrions encore lui demander.

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