‹ Les Idées de Turgot La Décentralisation AdministrativeChapitre 32 sur 98 · Les Réves d’un homme de bien... 17795, p. 91 et suiv · texte numérisé non relu

Les Réves d’un homme de bien... 17795, p. 91 et suiv

à polémiquer. Ce serait un tort, sur le vu de ces titres, de s’imaginer que ce gentilhomme plaidait la cause des privilèges provinciaux comme Boulainvilliers avait fait pour ceux des seigneurs. Il faisait l'apologie de ces corps seulement en tant qu'organes de décentralisation ; n'ayant pas la puissance créatrice d’un d’Argenson, il se contenta de tirer parti de ce qu’il trouvait dans la constitution du royaume; encore le fait-il avec l'esprit de son siècle. S'il fut un cerveau fort productif (il a écrit beaucoup, correspondu beaucoup), l’Ami des Hommes, malgré les apparences, n’eut rien en effet d’un chef d'école; il fut excellent en revanche, grâce à la vigueur de sa plume et à la vivacité de sa pensée, dans son rôle de vulgarisateur, quand il eut pris rang dans la secte physiocratique. Victor Hugo a dit très justement de lui « qu’il est à la fois en avance et en retard sur son siècle. » On le sent d’une façon nette dans ces premiers travaux : lui-même les qualifia plus tard « d’œuvres de jeunesse », sans les renier cependant: il y montrait des idées très justes et ses publications ont beaucoup fait pour la cause qui devait attirer Turgot.

L’utilité des Etats provinciaux, il la démontre à la fois relativement au bonheur des peuples et relativement à l'autorité royale. D'une part le joug est moins sensible, la puissance publique moins lourde ; il y a tout au moins l'apparence de la liberté. « Les

peuples sont persuadés qu’ils en jouissent dès qu’ils sont admis à l’administration de leurs provinces, qu’ils n’ont point d’autre imposition à payer que celle qu’il leur a paru nécessaire à eux-mêmes d'établir, parce qu’ils ne sont pas exposés aux inconvénients d’une taxe arbitraire et qu’ils se sentent à l’abri des recherches d’un préposé avide et intéressé » (1). Cette réflexion rappelle celle de d’Argenson que nous signalions plus haut. Il ne faudrait pas arguer des expressions de Mirabeau pour prétendre qu’il veut restaurer le système du don gratuit: le chiffre de l'impôt est fixé par le Roi et ce n’en est que la répartition qui est confiée aux Etats. Le Roi trouve ainsi l’avantage de ne pas aventurer sa popularité dans la levée des impôts qui est généralement odieuse (2), et de maintenir plus sûrement l’ordre dans le pays en s'adressant à des corps plutôt qu’à une populace informe « qui échappe au pouvoir par sa propre obscurité » (3). Grâce à la hiérarchie — bien qu’elle ne soit pas complète et qu’il n’y ait qu’un intermédiaire, les Etats provinciaux, entre le Roi et son peuple — il peut enfin faire sentir du haut en bas de la société son impulsion qui se répand « comme l'électricité ». « J’ai dit... que ces assemblées convoquées par l’ordre du Roi, où ses commissaires tiennent le pre-

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