‹ Les Idées de Turgot La Décentralisation AdministrativeChapitre 66 sur 98 · LA · texte numérisé non relu

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« Il lui eût montré, continue Condorcet, toute la gloire que pouvait mériter un sacrifice jusqu'ici sans exemple dans l’histoire et une action de patriotisme supérieure à ces vertus qui ont acquis aux Trajan, aux Marc-Aurèle, la juste admiration de tous les siècles, mais qui bornant leur influence au temps d’un seul règne, ontété perdues pour la postérité. Il lui eût dit en même temps, que, dans une constitution ainsi formée, le vœu général de la nation serait le seul obstacle à l’autorité qui, toujours tranquille et assurée, ne verrait plus ni aucun corps intermédiaire, ni les intérêts d’aucun ordre d'hommes troubler la paix et s’élever entre le prince et le peuple, et n’en serait que plus absolue et plus libre pour faire le bien ; que ce vœu général sur lequel, avec de tels moyens, on ne pouvait se tromper et qui s’égarerait rarement, serait un guide plus sûr que cette opinion publique, espèce d’obstacle commun à tous les gouvernements absolus, dont la résistance est moins constante, mais aussi moins tranquille, souvent aussi puissante, quelquefois nuisible, toujours dangereuse ; qu’enfin si l’ordre naturel des événements devait rendre un jour nécessaire un tel sacrifice, il ne pouvait être sans danger pour la nation comme pour le prince, à moins qu’il ne fût absolument volontaire et fait par le souverain lui-même avant le moment où lon commencerait à en sentir la nécessité. » Sans nous arrêter à admirer la prévoyance du ministre

(Condorcet, son témoin, écrivait cela en 1786), retenons de ce précieux document que Turgot, embras-

sant dans sa constitution tout l’ensemble de la vie politique, s’attachait à discipliner, à organiser toutes les forces nationales ; il leur donnait une régularité, qui consacrait leur autorité,qui légitimait leur action ; il renversait le vieux système des privilèges, incohérent, anormal; il y substituait l'égalité et la hiérarchie, indispensables au bon fonctionnement d’un mécanisme administratif. Si bien que nous pouvons maintenant répondre à la question que nous avons laissée sans solution plus haut : Turgot affaiblissait-il, ou renforçait-il le pouvoir royal ? Il nous semble qu’en tant qu’autorité arbitraire et despotique, que puissance d’un homme sur les autres hommes il le diminuait, l’abrogeait même, mais qu’il l’affermissait en tant que dépositaire et qu’organe de la puissance publique.

Condorcet nous donne encore la liste des grandes réformes dont ce système devait être l'instrument.

Nous avons vu qu'il impliquait pne modification de l’impôt. Des dispositions transitoires contenues déjà dans le mémoire y acheminaient : le but était l'établissement d’un impôt unique et réel. Mais ce changement ne pouvait s’accomplir en un seul coup ; il y fallait une préparation longue et soigneuse, des demi-mesures, la substitution d’une taxe à une autre ;

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on accomplirait tout cela année par année, afin de ne pas diminuer les rentrées du Trésor. Plusieurs procédés, très minutieux, sont indiqués par Condorcet. Turgot avait en effet tout prévu ; «il avait pour chaque matière un plan général, qui, comme tous les autres, eût porté l'empreinte de son génie » (1).

A cette première opération, il faut ajouter encore le recrutement de la {milice le rachat des droits féodaux, la liquidation des dettes de l'Etat et des biens ecclésiastiques.

Le recrutement de la milice, était, nous l’avons vu, une des fonctions les plus odieuses des intendants. Il était permis d’espérer que la diffusion de l’instruction ferait comprendre aux masses qu’il s'agissait là d’un devoir patriotique, auquel il serait coupable de se soustraire, et qu’accomplie par une autorité issue du peuple même, cette incorporation ne rencontrerait plus les mêmes résistances.

La suppression des droits féodaux paraissait nécessaire ; ils ne se comprenaient plus au xvun® siècle, où tous les efforts tendaient à établir l'unité et l'égalité. Mais leur rachat s’imposait aux yeux de Turgot comme un acte de justice, les seigneurs les ayant acquis par une longue possession sinon par un titre légitime, et beaucoup n'ayant pasd’autres ressources. Il distinguait donc entre eux ceux qui avaient la

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