Revue politique et parlementaire, 1805, t. IV. p
effet à notre siècle, comme à celui de Turgot, c'est l'esprit civique: à force d’être administrés, nous nous sommes désintéressés des entreprises générales ; l'administration, en nous apparaissant toujours sous la forme d’une étrangère, a discrédité en nous les œuvres dont elle prend l'initiative: elle ne reçoit pas chez les particuliers la collaboration dont elle aurait besoin, à laquelle elle aurait souvent droit, parce qu'elle n’y a pas fait appel assez tôt.Elle essaie bien par les sociétés d'utilité publique, les syndicats de propriétaires, les syndicats de communes, de rétablir cette coopération et de restaurer cet esprit. L'œuvre sera longue, parce que le système de l'an VIII a pesé longtemps sur la nation, et qu’il a attiré à Paris toute l’ambition et tous les talents. Comment les rendra-t-on à la province? En développant les institutions actuellement existantes, en étendant leurs pouvoirs, en les affranchissant de la tutelle ? ou en en créant d’autres, suivant de nouvelles divisions du territoire, que permettraient d'opérer les facilités modernes de correspondance et de déplacement ? Il y a des projets pour tous ces systèmes. Nous ne les passerons pas en revue: ils sont si différents de celui que nous avons examiné ! Mais nous nous permettrons de conclure que la décentralisation est salutaire à une nation parce qu'en mettant à la portée des habitants de la province les moyens de la servir, elle les intéresse à leur petite patrie, et par
conséquent de proche en proche à la grande, qu'elle développe en eux l'esprit de liberté, base d’un gouvernement républicain, en même temps qu'elle les détourne des questions constitutionnelles, qui amènent toujours des conflits dangereux, et qu'elle introduit un peu des affaires publiques dans les réflexions et les travaux des particuliers : l'esprit civique ainsi exercé est la source du patriotisme. Retenons cette belle idée de l’enseignement de Turgot.
Vu : le Président de ia thèse,
R. JACQUELIN Vu : lo Doyen LARNAUDE Vu et permis d'imprimer Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris