À MON PRESIDENT DE THESE MONSIEUR LE PROFESSEUR CH. PFERSDORFF
Chevalier de la Légion d'Honneur
Directeur de la Clinique Psychiatrique de l’Université de Strasbourg
à qui je dois l’idée de ce travail et auquel je reste profondément reconnaissant pour la bienveillance avec laquelle il m’a aidé à le réaliser.
https://archive.org/details/IA41548008 0024
ENSRODEEC-THON:
Dans les traités sur les maladies mentales les auteurs font remarquer que dans les délires, c’est moins le contenu que le cadre dans lequel ils évoluent qui permet le diagnostic. Nous lisons par exemple dans le traité de pathologie mentale de Gilbert-Ballet «que le terme d'idée religieuse ou «mystique, en pathologie mentale, ne désigne nulle- «ment comme on pourrait le croire au premier abord «un délire concernant la religion, les croyances, les «dogmes religieux différents. Il sert simplement, Ja plupart du temps, à qualifier les idées déli- «rantes diverses, dont l'expression, la formule, rap- «pelle des notions religieuses, une série de croyan- «ces dans lesquelles le sujet a été élevé ou dont il «a simplement entendu parler».
Et Marcé dit «que la forme du délire change «avec le siècle, mais au fond les éléments du délire «restent les mêmes
«Donc le texte du délire n’a qu'une importance «secondaire et c’est surtout son mode d’origine, les «caractères d'évolution de la maladie qui doivent «fixer le diagnostic. Cette manière de voir est par- «faitement exacte en soi, toutefois, ce serait peut-
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«être une généralisation excessive que d'’assimiler «complètement les délirants mystiques aux autres «délirants systématiques. Certains d’entre-eux tout “au moins méritent d'être distingués comme variété «non pas tant en raison de leurs idées mêmes, qu’en «raison des symptômes particuliers (hallucination «de la vue; trouble de la sphère génitale, troubles «psychomoteurs, dédoublement de la personnalité «etc.) qu'ils peuvent présenter à un degré bien dé- «veloppé» .
Les observations que nous avons faites sur trois formes de délire religieux, nous ont amené à des
conclusions analogues.
lère OBSERVATION.
P. D. né à Cos (mer Egée) fils de Costoglakis (père) et Trianda Filia Kana (mère).
Je suis d'une famille pauvre, mais pas très pauvre, j’habitais pendant mon jeune âge dans une maison qui nous appartenait. À côté d’elle se trouvait le monastère Aios Théologos, que mes ancêtres avaient construit et que mes tantes, des vierges, desservalent.
Un jour, bien jeune encore, je mangeais un melon, vert extérieurement et intérieurement rouge. Tout en mangeant ce melon, me voilà enflammé. Quatre personnes accoururent à mon secours et m'étouffèrent sous des couvertures: c'est maintenant seulement que je comprends le sens de cette chose,
Mon père nous a ensuite quittés, nous sommes devenus misérables, on a eu faim (il devient triste).
L'Italie entra, peu de temps après, en guerre et occupa nos îles. Puisqu'en France on réclamait
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des hommes pour travailler, je m’embarquai pour Marseille. Je ne pratiquais pas encore la religion. Le dimanche j'allais au cinéma, je m'amusais comme tout le monde, dans les cafés, dans les cinémas, dans les maisons publiques (Il ne faut rien cacher, Dieu est par là).
Après avoir travaillé dans différents endroits, je revins à Reims, où je connus ma femme, qui était d’origine alsacienne. Elle m’amena à l’église. Je dis au Bon Dieu «je ne sais plus vous prier». Ma femme portait souvent des cierges à l’église, elle priait pour moi et mon travail allait bien. Nous allâmes ensuite travailler dans un petit village. Ma femme était la plus jolie femme du village. À la fête j'eus des démêlés avec elle. Je pris même un couteau et je voulus le lui flanquer dans le cœur, en Jui disant que nous avions vécu dans la misère ensemble et que maintenant que nous vivions à l'aise, elle cherchait à oublier tout le passé et me faire passer pour un vrai imbécile, (attention ! Si je me trompe, je demande pardon à Dieu et non à vous).
À ce moment, midi sonne, il se lève, va s’agenouiller devant un tableau quelconque et dit l'angélus à voix-basse. Au fur et à mesure qu'il s'approche de la fin il lève les bras. Enfin il se relève en frappant le sol violemment du pied.
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Peu de temps après, ma femme voulut que ma petite soit baptisée. Je ne le lui refusai pas. Puis on se maria à la mairie et à l'église. Nous portions déjà une alliance, mais cela n’était pas légitime». En me quittant pour aller manger il me dit «que Dieu soit avec vous».
Enfin on revint en Alsace dans le village de ma femme, c'était en 1924. Il fallait que moi aussi j'aille à l’église, car là-bas tout le monde y va. La famille est catholique et très pratiquante. Moi je ne savais pas pratiquer la religion. Mais je cherchais à faire comme eux. Petit à petit mes yeux commencèrent à s’ouvrir, et je me souvenais du Bon Dieu.
Au début de mon séjour à Strasbourg, je partais de grand matin à l’église. Je m'installais devant l’autel de la Ste. Vierge, je me gênais beaucoup, parce que les gens me voyaient debout devant le chœur. Je pleurais beaucoup à l’église, beaucoup dans mon lit. Je communiais fréquemment parce que j'entendais prêcher le prêtre sur la communion. J’allais me confesser, dire des bétises, mais pas de péchés. Souvent quand je me confessais j'étais en colère, je mentais. Quand j'allais à la sacristie pour demander le prêtre, le sacristain me disait qu'il n'était pas là, et il rigolait de moi. Parfois il mettait
des chaises sur mon passage pour m'empêcher d'aller à l'autel. Voilà pourquoi je n’allais plus dans ma paroisse et que j'allais écouter prêcher en français à la cathédrale.
De retour au village de L.... je priais souvent la Ste Vierge et je m'aperçus bientôt que quelque chose était changé en moi, et véritablement je sentais que quelqu'un me guidait. Quand j'allais à la Ste Table, je me conduisais comme un aveugle, et je faisais tout de travers. Cela ne faisait pas plaisir au prêtre, puisqu'il se mettait parfois à tousser.
Maintenant voici le 1’ miracle. Un matin j'ai vu notre Seigneur Jésus-Christ m’apparaître à gauche de l’évangile. Il avait une auréole autour de la tête, une robe blanche et un manteau rouge. I] m'a béni comme le fait le prêtre. A la fête de St. Joseph, le 19 Mars de l’année dernière, alors que le prêtre chantait «ite missa est» j’aperçus au chœur de l’autel la main de Jésus qui me bénit une seconde fois. Je le confessais au prêtre, qui me dit que je n'étais pas digne du Bon Dieu.
Ün samedi soir, j'avais invité mes camarades chez moi. Ils se mirent à table sans prier, après le repas ils firent des moustaches au Sacré-Cœur. Je priais Dieu de leur pardonner.
DS
Pendant la mission à la Cathédrale, je fus béni par Dieu, oui.... je vis sa grande main se lever au-dessus du missionnaire et me bénir. Une autre fois, voilà que sa main me bénit à nouveau alors que le missionnaire n'était plus sur sa chaire à prêcher.
Est-ce que vous avez bien écrit ce que je vous avais dit hier: car à ce moment ce n’était plus moi qui parlais.
Dans mon chantier, je cherchais à bien faire mon travail, mais j'étais lent. Les ouvriers m'arrachaient les outils des mains, ils hurlaient comme des chiens affamés, qui se dressent face à face et qui cherchaient à me dévorer.
J'étais abonné à «da Croix». Sur ce journal se trouvait le crucifix et l'indication de la fête des Saints. Je priais toujours devant la croix, et lorsque je remarquais qu'il n'y avait personne là, je l’embrassais (il faut marquer comme moi je dis).
Souvent le monde se moquait de moi. Les hommes m'accrochaient des chiffons dans le dos, ils me bousculaient même en passant. Enfin moi je disais au Bon Dieu «que votre volonté soit faite et non la mienne». Voici alors ce que Dieu a fait : un