LE SILLON ET [/APOLOGIE DU CATHOLICISME
s'ils lui enlèvent uri pouvoir extérieur qui depuis longtemps n'était plus qu'un vestige et qu'une ombre, ils
lui permettent ainsi peut-être <l>' concentrer toutes
ses forces sur Vœuvre essentielle et primordiale de la démocratie h réaliser et à discipliner dans la justice et dans L'amour du Christ (i). »
El encore : « <m ne nous persuadera jamais que le catholicisme ait dit son dernier mot en France : ce merveilleux édifice... n'est tombé «mi ruine < j m- parce que nous (levions, avec ces mêmes matériaux que la race etle tempérament français nous fournissaient, bâtir une nouvelle maison dont les plans agréeront sans doute à cette Église, dont le fondateur est celui-là même qui a déposé
dans nos âmes le germe des vertus sans lesquelles toute
démocratie n'est qu'une impuissante ettyrannique démagogie (2). »
Serait-on accusé d'injustice, si l'on disait qu'euxmêmes, les libéraux défenseurs de l'Eglise, tirent sur le manteau vieilli et démode ?
En 1899, MgT Ireland honorait le Sillon de sa visite.
Paul Renaud in le salue au nom .lèses amis.
— « Monseigneur Ireland, dit-il, sait depuis combien longtemps nous le connaissons <'t L'admirons : Comment
nous essuyons d'adapter il notre pays ses méthodes»**
— o Dissipez les malentendus] dit le prélat,
— h .Mais, Monseigneur, en France, il n'y a point de terrain neutre.. . »
Monseigneur Ireland poursuit : a Vous n'avez pas de terrain neutre : faites-en un 3). »
Le Sillon s'y est elïbrcé. Les événements actuels
(1) L'Univers, 16 février. Faut-il Faire un parti catholique? Article de M. Mari- Sangnier
(2) UUnivert,\* janvier tgo5.La force de ridée. Ari.de M. .Marc Sangoier.
(3) Le Sillon, 10 juin is
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le servent, semblerait-il, Lro] ihait. Mais loin
d'en êire déconcerté, il s'en félicite.
« Supprimer la Liberté de l\ at, mais i
ce pas justemenl combler le catholique de La jeunesse laïque...
a Oh I quels passionnants champs de bataille devenir dos I; que q os amis \ Beront
Lutter vigoureusement avec toute la fougue de leui j< aesse indomptée contre L'esprit administratif et les d mes officiels des laïcs!... Ils porteront dans leui toutes les révoltes d'une génération opprimée; ils querront, dès l'enfance, au contact des adversai sens des opportunistes, le goût de la conquête ; ils n'auront plus même à vaincre le respect humain, -i leur f<»i apparaît comme un délit de pensée libre dont on est fier et qui donne presque des panaches...
« Ce qu'il nous faut, c'est le corps à corps des doctrines. Nous avons confiance en la vérité. Rien ne fera ni que nous ayons tort ni que nous ayons peur... (i). »
« Qu'ils songent que le passage obligatoire à la caserne a peut-être été plus utile que nuisible a la formation et à la popularité du jeune clergé (2 ) !
Ainsi, la suppression de la liberté de renseignement, le service militaire imposé au clergé, toul tourne au bien.
On lit dans une correspondance insérée dans le Sillon du 25 juin 1901, à propos du service militaire des séminaristes : « Comment ne pas voir une merveilleuse disposition de la bonté divine là où on n'a voulu trouver jusqu'à présent qu'une œuvre diabolique et persécutrice ? Sans doute, comme ils le disent, les prêtres pouvaient beaucoup perdre à un pareil état
(1) L'Esprit démocratique, 3e partie, ch. v, p. 241.
(2) Même article.
LE SILLON ET l'àPOLOGIE Dl CATHOLICISME 137
de choses : tous les avantagées qu'on prétend leur venir delà, connaissance du mal social, bienveillance, tact, ils peuvent les acquérir partout et toujours. Mais le soldat ne pouvait qu\ gagner et Dieu avec. Voyez donc ! on voulait le proscrire de la caserne et on a aboli les aumôniers. Mais Dieu qu'ils chassaient par la porte est revenu par la Pénétre. Dans la caserne qu'ils laïcisaient, ils ont introduit le clergé ! ... »
Quant aux ordres religieux ruinés et bannis; la dispersion devient un bienfait; la vie de couvent leur nuisait, l'habit même était un inconvénient.
» Donc après avoir mêlé le levain à la pâte, en allant chercher dans les cloîtres les dévouements cachés, qui, peut-être, s'y consumaient trop ignorants des besoins contcmporains(!) pour les lancer dans la voie de l'apostolat (?); après avoir pris soin même de dépouiller ces apôtres modernes du costume qui aurait pu, eu les signalant, rendre moins aisée leur pénétration dans les milieux (que de services rendus à l'Église!)^ ils veulent que dans chaque école, que dans chaque lycée d'Etat, il y ait un intense foyer d'action catholique (i)... »
Le çrand écueil des libéraux en religion est l'esprit d'indépendance que souffle la passion de la liberté. Il les amène à cette contradiction d'unir à leur zèle pour l'Eglise la méconnaissance de son autorité et la présomption de juger ce qui ne ressortit qu'à elle.
Le respect même le cède à l'emportement du zèle.
Qu'on décide quels sont les bons évêques : « Les pasteurs qui ont donné leur appui moral et leur approbation (à M""> Marie du Sacré-Cœur) sont précisément ceux qui sont le plus près de l'esprit
(i) Les Ennemis intérieurs <lu catholicisme.
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el <lu cœur du Souverain Pontife ' , ou qu déclare nos évêquea « presque Loua royalistes cria est à peu près sans conséquence... — Mais qu'intervienne une décision de l'autorité ias-
lique retenant encore le manteau vieilli :
Sans l'action tenace de quelques inquisiteurs spontanés, est-ce que le Saint-Père aurait j prononcer sur la question d'une école normale d'institut]
religieuses? En quoi cela regarde-t-il plus !
Rom»' » ] m o le menu du r ire d'une école ou la ai-
leur du badigeon de ses murailles i "/...
« A propos de l'Américanisme, dans le mé article :
« Et l'Américanisme, pense-t-on que Ici' beu-
rcux de se prononcer là-dessus, et qu'il aurait eu m( l'idée de le faire sans le zèle criard de quelques sauveurs du Capitole? Le résultat, on le voit : pour prévenir un danger de divergence théologique sur le mode d'action du Saint-Esprit dans les âmes, danger imaginaire contre lequel ont protesté avec indignation ceux-là même qu'on visait, on court risque d'achever de couper bras el jambes à nos pauvres frères et ce, non dans le domaine du dogme, mais dans celui de l'action de chaque joui . privée ou publique. Franchement, nous avions bien besoin de ça!
« On chuchote bien des choses, je ne l'içrnore pas. sur la façon dont l'entourage du Saint Père aurait mis à profit, ces temps derniers, sa vieillesse et sa maladie. Il est en effet malheureux que la chancellerie du Vatican parle si longuement de l'Américanisme et de l'école normale des sœurs enseignantes, quand elle n'a pas cru devoir dire un mot sur les trois cent mille Arméniens
(i) Le Sillon, 26 février 189g.
(2) Le Sillon, 10 juin 1899, à propos de Mme Marie du Sacré- Cœur.
LE SILLON i:ï L'APOLOGIE m CATHOLICISME L39
massacrés. (Aussi, l'Arménie est-elle en train de pas-,.!' au protestantisme.).. »
Et dans une livraison précédente : - Ne serait-il pas plus franc d'avouer que le Pape semble en train de renier peu à peu, dans tout ce qu'elle a d'humain et, pai suite, de destructible, bien entendu, l'œuvre de son glorieux pontificat. Gela peul et doit nous attrister, cela ne peut ai ne doit nous décourager (i). »
Alors on se croira libre à l'égard de toute décision qui n'est pas une définition ex cathedra. Ce «pie les auditeurs de M. Marc Sangnier ont pu s'imaginera Epinal devient une opinion formelle :
« Ne serait-il pas plus politique aussi, tout en nous soumettant, par esprit d'obéissance à l'Eglise, dans tout.'
la mesure nécessaire, de dire nettement que Ces soumissions ne sont ni des rétractations (notre orthodoxie n'étant atteinte en rien, et le magistère infaillible ne sYxer-
çant aucunement dans ces lettres ou ces décisions de Congrégations), ni des renonciations (2)... »
« Quelque respectueuse vénération que nous avons pour le successeur de saint Pierre, avec quelque pieuse déférence que nous recevions ses légitimes avis, nous ne pouvons oublier que c'est à nous, à nous seuls qu'appartient en dernier ressort le droit de choisir entre la république ou la monarchie, entre l'éducation congréganiste ou l'éducation familiale, entre l'initiation sociale des Anglo-Saxons ou des Hispaniens, entre mille problèmes conjecturaux qui ne relèvent pas du pouvoir ex cathedra (3).
« II me semble qu'on a compliqué au delà du nécessaire notre religion, notre christianisme catholique... Je revendique... la liberté vraie et le respect sincère de la pensée catholique pour les opinions dites nouvelli
(1) Le Sillon, 10 avril [899.
(a) Même article.
(3) Le Sillon, a5 février 1899, lettre de A. D.
quand ell< eileraenl coati
définie ( i ■
C'est que, séduit partout appel â la conciliation dont l'Eglise aurait à Faire les le Sillon
devait pas se défendre d'ouvrii questions de théologie les moin de
jeunes laïques et les plus étrang à l'action
sociale
x\u sujet d'un article dans lequel M. Loisy avait développé son erreur fondamentale sur l'évolution de la foi et surles emprunts qu'ont faits nos d< aux religions anciennes,' aux doctrines philosophiques, aux notions scientifiques, on lisait, d le numéro du 20 mai 1899 :
a Qu'importe que le dogme catholique ait emprunté à des idées philosophiques Les éléments de son dévelo]
ment! » Et ailleurs : « De même que mes or.
niques, dit-il, puisent autour d'eux dans l'air ou le les éléments nutritifs qu'ils s'incorporent, les £ dogmatiques, pour atteindre leur développement com-
plet, ont besoin d'aller chercher dans le milieu ambiant des idées philosophiques ou populaires des données qui leur soient homogènes et de se les assimiler (2
Le 10 juin 1899, il disait encore : « Je pense que le catholicisme est une vie avant d'être un domine, que le dosrme lui-même doit exprimer la vie intellectuelle de l'Eglise et que si le dogme défini présente un réel intérêt et doit être connu, la théologie ne présente qu'un intérêt très secondaire, Jà où elle ne se contente pas d'indiquer sommairement l'orientation la plus générale de la conscience sociale de l'Eglise dans les questions vitales. »
(1) Le Sillon, 25 février 1899.
(ai Cité par Mgr Turinaz. Encore quelques mots sur les périls de la foi et de la discipline dans l'Eglise de France.
LE SILLON ET [/APOLOGIE Dl CATHOLICISME I ï I
Et le :>.f\ Dovembre 1903, on pressail les membres «lu Sillon d'assister aux conférences <I" l'abbé Naudet sur la Bible, la science et la Foi. Or, dans ces conféreno .M. Naudet a fait plusieurs fois l'éloge de .M. Loisy. La Justice Sociale ^ Favorable aux idées de Loisy, na içuère
jsé, depuis longtemps, de louer à outrance le Sillon.
A la même époque, le Sillon ouvrait une discussion sur les Études dans les Grands Séminaires. Chacun y apportait ses réflexions, ses critiques, ses projets de réforme. Citons seulement la conclusion la plus autorisée, parue sous la signature de A. D., le 10 juin 189g :
1 En résumé, plus de place laissée à la vie chrétienne
sous sa forme sentimentale intime et personnelle, sous
sa l'orme sociale aussi, commune et ecclésiastique, sous
ces deux Formes toutes deux aussi r xmdes,
destinées .1 se compléter l'une l'autre, parFaire, et
moins de place aux spéculations rationnel! 1 qu'on
encore convenu d'appeler la philosophie, à ce qui n'a
la vraie philosophie que l'apparence, parce que
sternes d'idées pour la plupart ae se rattachent pas
d'assez près à la logique vivante, à la raison pratique,
ils sont la production d'un cerveau et non de toute une
âme, ils n'ont pas reçu la consécration vivifiante que
donne la conscience sociale de l'Eglise aux idées Fécondes
ux approximations réelles A^ l'inexprimable véritc
On doit à la vérité et à la justice de dire que, le juin [899, M. Marc Sangnier blâma ses amis d'oublier qu'ils n'étaient pas des théologiens et les rappela au sentiment de la discipline ecclésiastique 1 1). Mais aucune des témérités ou des erreurs
(1) C'est la rais s dous abstenons de citer cor-
tains jugements E
prêté, l 'inconsidération deviennent an scandale chez de prétendus prot; du catholicisme.
142 i i - n.f.i - m SILLON
propagées dans le milieu du Sillon ne fui rectifiée. Sans doute ces fruits du libéralisme étaient trop manifestement gâtés pour qu'on ne les rejetât p* cependant c'est bien de cette racine qu'ils étaient issus. Or, la racine occupe encore le terrain et fruits n'ont pas changé d'espèce* Nous l'avons suffisamment montré, la suite le fera voir encore.
Or, quand on réfléchit, d'une part, au rôle tolique et apologétique que le Sillon s'attribue, de l'autre, au milieu dans lequel il exerce cet apostolat, à ces auditoires ouvriers et populaires où les
notions sur la nature, la mission, les droits de l'Eglise devraient être précisés avec sûreté, comment ne pas voir que le libéralisme religieux en compromet d'avance les résultats?