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LE SILLON ET L'APOLOGIE DU CATHOLICISME

Oui, les réponses du catéchisme nettement exposées, clairement développées, voilà bien ce dont son public aurait besoin.

Sans revenir, sans insister sur ce que M. Marc Sangnier ajouta aux réponses du catéchisme dans ce Congrès sur la portée du Sijllabus, sur la valeur de l'excommunication, le mauvais usage que les papes pourraient en faire — « par haine, par vengeance ou par aveuglement (r) », et cela devant un auditoire d'ouvriers catholiques sans instruction et de socialistes ennemis de L'Eglise! — écoutons-le dans une circonstance analogue, au Congrès de Tours, iqo3.

A la séance d'ouverture, M. Marc Sangnier ayant proposé, après son discours, de répondre aux socialistes, ceux-ci lui demandèrent aussitôt les preuves de l'existence de Dieu.

Avec l'étonnante méconnaissance, qu'on a souvent remarquée chez lui, de ce qui convient ou ne convient pas aux milieux populaires, M. Marc Sangnier se garda bien de s'en tenir aux réponses du catéchisme. — * C'était pourlanl bien le cas. Pouvait-il mieux faire que de présenter, en les ornant du charme et de l'éclat de sa parole, les preuves traditionnelles de l'existence de Dieu?

Il commença par les abandonner, en concédant que l'existence de Dieu ne se peut prouver directement par la raison, s'exprima presque comme un kantiste et fit de l'apologie selon l'immanence ( -

Qu'arriva-t-il? — Un ouvrier socialiste réclame

i) Mime numéro.

>) Le compte-rendu des journaux de Tours, quoique trcs incomplot é( mal t'ait, en porte encore Le témoignage et mentionne, par exemple, l'appel t'ait par l'orateur à l'impératif catégorique de Kant.

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la parole, monte à la tribune et dh en propres I mes : « Vous venez de reconnaître que la raison ne peut prouver l'existence de Dieu; ?ous n'étea donc

pas en droit de l'affirmer; moi, je sais en droit de la nier, et je vais vous expliquer comment les hommes se sont fait l'idée de Dieu. » Là-d- un exposé piquant, ma foi, dans une telle bouche, de la théorie empruntée à Auguste Comte.

Même devant la question ainsi posée, M. Marc Sangnier ne retrouva pas les réponses du c chisme; et la faiblesse de sa réplique aurait été sensible pour l'auditoire, si elle n'eût été noyée d; une digression brillante sur la prétendue opposition entre la science et la foi.

Quel fut, pense- t-on, le résultat? L'Univers terminait son compte-rendu en disant : « L'auditoire catholique en a été confirmé dans sa foi, et quelques semences fécondes ont été déposées dans le cerveau des incroyants. » La bienveillance et l'amitié excusent peut-être cette appréciation louangeuse, mais l'effet naturel pouvait-il bien être de confirmer la foi?

Il est juste d'ajouter que l'insuffisance et l'erreur de cette démonstration ayant été signalées dans la presse, M. Marc Sangnier s'en défendit. « J'ai voulu dire, expliqua-t-il, que la raison ne démontre pas l'existence de Dieu avec une certitude mathématique. Mais comment aurais-je pu nier la valeur des preuves rationnelles, puisque ce serait aller contre la doctrine du Concile du Vatican? »

A merveille! Mais c'était s'en apercevoir trop tard- D'ailleurs qui a jamais attribué une certitude mathématique à ces preuves? L'objection posée par

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le contradicteur socialiste dans les termes précis <|iir j'ai cités ne devait-elle [pas, alors, appeler infailliblement de la part du conférencier cette distinction entre certitude rationnelle et certitude mathématique, et le ramener au catéchisme?

L'exactitude de mon récit n'a pas besoin d'une confirmation extérieure. Mais il ne sera pas difficile de la trouver dans d'antres faits (i).

Monseigneur l'évêque de Nancy dit, par exemple :

- Le Silhm, qui u'hésite devant aucune question et aucun problème, est opposé à la philosophie de saint Thomas et à l'apolégétique dont elle est la base. Voyez

entre au lies, en tête des numéros des 25 janvier, 10 février et 2J lévrier 1899, le long travail du Sillon sur y clique JE terni Patris. Mais il admire l'apologétique de l'immanence... (2). »

Mais, sans chercher ailleurs, ne lit-on pas dans {Esprit démocratique :

« Ouo de disputes stériles seraient évitées et qucllema-

Riifique puissance d'expansion acquerrait noire foi, si

Os catholiques arrivaient à se persuader enfin que In

<h> la religion ne saurait se démontrer comme

•in théorème, que le christianisme peut bien, sans doute.

11 Voici d'ailleurs une circonstance toute récente, où le même cas t'est exactement reproduit.

« Le 11 mai 1900, raconte le Directeur des conférences d'Études lociales de Notre-Dame da Haumont, je me >nis rendu à Lille, à me conférence contradictoire organisée par le Sillon, pour me rendra compte par moi-même de cette méthode et de ses résultats praiques. J'ai Frémi en entendant les socialistes attaquer avec 'existence de Dieu, sa bonté, sa providence, puis bafouer et calomuer l'Eglise.

1 Les réponses du moins ont-elles été péremptoires ?

» L'orateur catholique émit cette assertion que l'existence de Dieu ie peut pas être d< montrée par îles argumenta de pure raison, et [u'il faut, pour l'admettre, une intervention de la volonté'. Cette isserlion était tout simplement une bérésie condamnée par le Conile du Vatican. > (Cité parla S< maine religieuse de Cambrai.)

(3) Brochure citée plus baut.

1 16 i bs [dées ii bu

dans mi certain sens, être prouvé t mais qu'il d< tout être expérimenté,,. \ • dam an certaii

Souvenons-nous que le Christ a is un n

mais un vivant, que le Chris! t'expérimente peut-i plus qu'il ne se prouve,,, (a). »

On ne prétend point ici contester absolument la valeur de la nouvelle apologétique. M en-

trer dans celte discussion, sans même trop examiner ce que renferment ces dernières propositions) ne sommes-nous pas en droit de dire que, comme méthode d'apologie populaire, devant des hommes à peine munis de notions religieuses élémentaires, ou nourris d'irréligion, la méthode M. Marc Sangnier est de la plus dangereuse tén rite? N'est-on pas en droit de craindre qu'en dépit du succès personnel de son défenseur la vérité religieuse soit loin d'y trouver un triomphe?

Ne poussons pas plus loin nos recherches sur la fermeté de doctrine ordinaire au Sillon. N'en jugeons point, par exemple, par ces lignes écrites par M. Jean Lionnet, dans le numéro 'du 25 mars 1901, appréciant une tragédie intitulée : Le Nouveau Christ, où il conclut en ces termes :

« Ce Christ n'enseigne pas... Il n'est ni chrétien, ni socialiste, ni anarchiste. Il n'a point de doctrine. On

ne sait pas ce qu'il expie... Cependant il est beau, il aime les malheureux : Aimons-le!*

Ne nous attardons pas davantage à rappeler les confusions où M. Marc Sangnier paraît tomber, quand il mêle Tordre naturel et l'ordre surnaturel,

L'Esprit démocratique, p. a5.

(2) L'Esprit démocratique, page ~3.

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pour trouver dans le Christ L'identification de l'intérêt privé et de l'intérêt général, et par là établir un lien nécessaire entre le Christ et la démocratie, ni l'étrange interprétation de son collaborateur qui nous présente dans le mystère de la Sainte Trinité l'idéal du régime républicain et « la mise en participation de La souveraineté de Dieu ».

C'est assez désormais pour faire comprendre la gravité du second vice que nous avons à signaler dans La méthode du Sillon.

Ce vice apparaît dans le choix même des conditions où le Sillon exerce son apostolat.

11 consiste dans la méthode des réunions contradictoires.

Nous en parlons surtout au point de vue de l'apologétique religieuse; mais cette critique s'étendra, proportion gardée, à la discussion des questions économiques et sociales dont nous nous occuperons tout à l'heure.

Quelque réponse victorieuse que l'on pense tirer de l'éclat avec lequel ces discussions publiques sont soutenues par l'éloquent orateur du Sillon, quelqu'avantage qu'on trouve à l'impulsion donnée aux classes moyennes et inférieures, à l'éveil des énergies qui en résultent, nous ne craignons pas de dire, — et les faits précités nous dispensent d'autre explication, — que, comme rien ne doit prévaloir contre les intérêts de la foi, les prescriptions de l'Eglise en ce qui concerne les conférences contradictoires entre les catholiques et les libres penseurs ou socialistes s'appliquent certainement aux conférences organisées par le Sillon.

Ces conditions ont reçu une nouvelle force obli-

I 18 m su

ttoire, il v a trois ans, par L'Iastructian <!■• le crée Congrégation dte affaire* ecclésiastiques, donl

le cardinal Kainpulla «Hait préfet. Elle fat publ le ''.7 janvier hjo:>, par ordre de LéOB XJI1 i L'article VIII est ainsi eonçi :

« ( Somme dans leur ensemble les d contiennent des hérésies, let réunions contradict tombent sous les décrets «lu Saint-Siège relatifs auj disputes avec les hérétiques.

La législation toujours en rigueur sur cette mi résume ainsi :

i" Les colloques et les disputes eut! itholiqot

les hérétiques ne sont permis ojuq I irsqu'oi espère qu'il eu sortira un plus grand bien et iorsqu'» les conditions déterminées par le-- théol< .

2° Le Saintr-Siège Apostolique el itifes Romains,

considérant que, souvent, ces disputes, colloques nions contradictoires ont abouti à un résultat nul ou fâcheux, les ont souvent prohibés et ont donné ordres aux supérieurs ecclésiastiques pour chercher à les empêcher; et lorsqu'ils n'y sont pas parvenus ils ont au moins cherché à obtenir qu'ils n'aient pas lieu sans Pautorité apostolique, et qu'il n'y paraisse que des j sonnages capables de faire triompher la vérité chrétienne. La Sacrée Congrégation de la Propagande a souvent donné par écrit ces mêmes instruction > - a missionnaires, les avertissant de ne pas engager de disputes publiques avec les hérétiques.

Et l'un des motifs pour lesquels le Saint-Siège interdit ces disputes publiques est indiqué dans un autre décret du 8 mars 1620, par ces paroles qui sont, aujourd'hui encore, d'une douloureuse actualité : « Souvent, ou la fausse éloquence, ou l'audace, ou le genre d'auditoire aboutissent à ce résultat que l'erreur l'emporte sur la vérité. »

(0 Voir, dans les Études (20 août 1906), l'article : Ce que pense l'Eglise des conférences contradictoires.

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