LA QUESTION SOCIALE
On a déjà pu s'en rendre compte, le Sillon n'envisage pas la question sociale au même point de vue que l'Eglise.
L'Eglise s'émeut comme une mère, à la vue des maux sans nombre qui pèsent sur les classes inférieures de la société et dévorent les profondes couches populaires, par suite d'un oubli de plus en plus complet des principes de charité, de justice et d'équité, précisément à une époque où le développement excessif de l'activité industrielle et commerciale en rendrait la nécessité plus impérieuse et les applications infinies.
Effrayée pour les sociétés humaines des troubles où les jette l'immense désordre résultant de cet oubli, elle qui a le dépôt de l'Evangile, fondement solide et code parfait de ces principes, elle presse ses enfants de consacrer leur zèle à renouveler la société dans l'esprit chrétien, et, sous l'inspiration de cet esprit, à pourvoir, autant qu'il est possible, par les institutions charitables et les <eu\ Tes sociales, par l'étude approfondie des questions économiques, par la préparation de réformes et de lois sages, au
150 LIS im'.i.- i.i Bill
soulagement de tant de maux individuels, au rétablissement de l'équilibre, de l'harmonie entre les divers organismes sociaux.
Tel est son but.
Pour le Sillon, c'est trop peu. A ses yeux, une vaine tentative de \<»uloir améliorer l'étal actuel de la société. Cette société esl irrémédiablement condamnée ; il s'agit de la transformer entièrement et de l'établir sur des bases nouvelles. Or, la base de la société future pour laquelle le Sillon travaille sera l'esprit démocratique.
Tout pour le peuple, c'est donc insuffisant, ce n'est môme rien, si ce n'est eu même temps tout par le peuple.
En conséquence, les réformes sociales vaudront surtout, pour le Sillon, comme moyens de développer l'esprit démocratique.
En quoi est bien marquée la complète différence d'aspect entre sa démocratie et celle que l'Eglise autorise à se réclamer d'elle.
Ces vues sont exposées avec netteté dans un récent article de M. G. Hoog, publié dans V Univers du 12 avril 1905, sous ce titre : le Vrai terrain :
« La démocratie, croyons-nous, ne consiste pas essentiellement dans un ensemble de réformes sociales avant pour but d'améliorer le sort de la classe ouvrière...
« Hé oui, nous le savons, voilà très précisément ce qui différencie le catholicisme social ou la démocratie chrétienne de la démocratie, telle que nous la comprenons au Sillon. « Tout pour le peuple, » dites-vous? mais un bon tyran, plus rapidement et mieux que n'importe qui, peut la réaliser, l'imposer, cette organisation social? bienfaisante pour la classe ouvrière Aussi bien, lorsque, dans notre définition de la démocratie, nous faisons
entrer les deux facteurs internes de conscience et de responsabilité, entendons-nous affirmer que la société future que nous rêvons ne sera pas l'œuvre exclusive d'une académie de sociologues, dont le geste superbe marquerait la voie de L'avenir aux foules dociles et ignorantes. L'émancipation du prolétariat sortira de l'effort du prolétariat lui-même.
« On conçoit très facilement dès Lors que nous n'attachions pas à la législation et aux œuvres économiques la même signification que leur donnent certains catholiques sociaux, par exemple. Il est évident que ceux-ci, qui s'efforcent surtout ^'améliorer le régime social actuel dont la plupart entendent bien toutefois sauvegarder le principe fondamental même de division des classes patronale et salariée, considèrent la Législation comme un but. Elle ne saurait être pour nous qu'un moyen. Car nous croyons que, si l'on veut édifier Tordre moral démocratique nouveau, il faut que, dès maintenant, Les ouvriers, trouvant, grâce aux bienfaits d'une législation lutélaire, le temps de [réfléchir el de vivre leur pensée, acquièrent cette indispensable éducation démocratique sans laquelle toutes les révolutions seraient impuissantes et l'émancipation prolétarienne demeurerait un vain mot.
« De même en est-il des œuvres sociales. Syndicats, mutualités, coopérations ne sont pas, à notre point de vue, des institutions qui, en rajeunissant, en modernisant le vieux cadre économique actuel, contribuent à l'immortaliser. Ce sont au contraire comme autan! de points d'appui qui nous permettront de soulever plus aisément le poids lourd d'égOÏsme qui s'attache fatalement à toute société croulante, menaçant d'étouffer sous ses ruines les germes de la société nouvelle qui se lève (i). a
\ oilà donc les données précises. 11 ne s'agit pas
d'améliorer l'ordre social actuel, mais de lui subs-
(ii V Univers'. Le vrai terrain. Article de G. Hoog-, 12 avril igo5.
152 i i - LOH
lituer un ordre social nouveau. En vue de prépai l'organisation de cette Lé future, le principal
avantage qu'il faut chercher dans la législation el les œuvres économiques sera de mettre I" peuple en étal de développer son éducation démoci i tique; on envisagera les œui i
pérations, surtout dans leur rapport avec ne
résultat, comme des moyens propres à faire fondre l'intérêt particulier des individus avec lin ret général de la société, à porter an maximum la conscience de leur responsabilité, de leurs <\\ de leurs devoirs civiques.
Ainsi, l'action sociale catholique à laquelle ['Eglise donne pour but l'amélioration du sort de la cla~ ouvrière et la paix, le bien général de la société, reçoit du Sillon pour fin prochaine et immédiate, le développement de l'esprit démocratique.
« Ce que nous maintenons, c'est qu'il nous importe surtout — à l'aide des organisations, de quelque nature qu'elles soient, — de développer dan.-> les individus qualités de conscience et de responsabilité. Voilà, pour nous, quel est le but. L'organisation, c'est un moyen, pas autre chose.
ce Je crois que le régime économique actuel n'est ni incorrigible, ni irréformable. Je crois que l'organisation professionnelle et une bonne législation sociale pourraient arriver à le moraliser et à le justifier, en attendant le régime coopératif pour lequel la classe ouvrière est loin d'être mûre actuellement (par défaut de conscience et de responsabilité d'ailleurs , d'après Marc Sangnier lui-même. J'ajoute que nous croyons que l'effort de la législation et des œuvres économiques préparera, hâtera L'avènement de la société futur >... i). »
(i) Le vrai terrain. Second article. L'L~n:v?rs, 21 avril 1900.
-ii.l.os ET l.\ QUESTION SOC1 U.K
La position prise par le Sillon n'est donc pas celle où l'Eglise invite l'action catholique à se placer. Il y a bien autre chose qu'un vain changement d'étiquette dans le titre nouveau de cette revue ; c'est par les exigences de sa position nouvelle que, de Revue d'action sociale catholique, le Sillon est devenu Revue d'action démocratique.
Celte attitude lui rendait indispensable, en effet, un champ d'action qui ne lût pas circonscrit par les limites dans lesquelles l'autorité pontificale enfermait la démocratie chrétienne.
« La démocratie dont Le Sillon poursuit La réalisation ne se confond pas avec La « Démocratie chrétienne» qui a été exactement définie par Léon XIII dans son Encyclique sur la démocratie chrétienne ainsi que par Pie X dans son Molu proprio. Animée de l'esprit chrétien, notre démocratie sera, si l'on veut, une des formes particulières que peut revêtir la « démocratie chrétienne ». Les catholiques, comme les autres citoyens, ont toute liberté d'user de leur droit et de Leur initiative civiques. L'idéal catholique, qui est universel, reçoit ainsi des applications multiples cl variées. Le Chrisl ayant, (Tailleurs, distingué le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, on n'est pas en droit d'attendre de L'Église autre chose que L'expression des vérités éternelles dont elle a la garde, et des directions qui sont propres et qui se rapportent toujours à son magistère rejigieux(i). »
Mais la question ne se résout pas de la sorte. Elle se pose d'une façon aussi simple qu'inéluctable.
Répétons-le d'abord, quoi qu'en dise M. Marc
(i) L'Esprit démocratique. Christianisme et démocratie,
154 ■ li-i'i - m SI LOH
Sangnier, le Pape n'a point donné une définition de la démocratie chrétienne.
La seule chose que le Pape ail 'lit'-, au
contraire, qu'à proprement parler il n'y a pas «le démocratie chrétienne.
Par concession, il a permis qu'on donnât ce nom à L'action sociale catholique, mais après lui ;iv<>ir tracé des règles absolue^.
Il ne dépend donc point des catholiques de demeurer soumis aces prescriptions ou de s'en trouver affranchis, suivant qu'ils entendent la démocratie dans tel ou tel sens. Du moment qu'ils interviennent en catholiques dans les questions sociales, leur devoir indiscutable est de se conformer à cette direction de l'Eglise.
Et, par conséquent, il ne s'agit plus ici de savoir comment le Sillon entend la démocratie, mais s'il suit la ligne de conduite tracée par les Souverains Pontifes. Son ambition de manifester au peuple le catholicisme intégral doit la lui rendre particulièrement sacrée.
Le Sillon ne mettra sans doute point en question ce devoir. Les récentes paroles de Pie X, dans sa lettre au cardinal Swampa, à propos des écarts des démocrates catholiques en Italie, sont venues le rappeler en des termes dont il est impossible de contester la portée générale : « Ils affirment, en effet, que de pareilles prohibitions (celles des évêques) ne regardent pas leurs sociétés ou leurs personnes. Ils proclament que le Pape ou les évêques ont le droit de juger des choses qui se rapportent à la foi et à la morale, mais non celui de diriger r action sociale ; et, par suite, ils se considèrent eux-
LE SILLON' ET LA Ql ESTIOIS SOCIALE 155*
mêmes comme libres de pousser plus avant leur entreprise. »
Mais on aimerait à voir le Sillon reconnaître cette autorité plus explicitement que dans le passage cité plus haut : « on n'est pas en droit d'attendre de l'Eglise autre chose que l'expression des vérités éternelles, etc.. », ou que dans les déclarations suivantes :
« Le Sillon se conforme ainsi aux directions de la hiérarchie ecclésiastique dont le i ■ < M « * n'est pas d'imposer aux fidèles telles conceptions sociales ou politiques, mais seulement d'examiner si ces conceptions oe sont pas la négation ou la diminutiondes doctrines catholiques (i). »
« L'évoque dans son diocèse, le curé dans sa paroisse, qui sont évidemment pour tout catholique les chefs spirituels, ne sont pas de droit chargés de diriger tous les efforts que font les catholiques sur le terrain social ou sur le terrain politique. Ils ne peuvent exiger que tous les groupements d'études, les syndicats, les coopérations, ers noyaux de la société future, soient dirigés par eux, soumis à leur magistère, car ils n'ont pas de magistère temporel (2). »
On sait que monseigneur Turinaz a hautement désapprouvé le Sillon dans son diocèse. Un congrès s'y est récemment tenu à Nancy.
11 ouvrant la première séance, M. Marc Sangnier (qui a toujours l'Evangile pour lui),« rappelle les difficultés sans nombre qui ont assailli le Sillon lorrain jusqu'ici, et il montre que ces difficultés sont le plus merveilleux gage de vie que puisse lui accorder celui qui a dit : Celui qui conserve sa vie la perd et celui qui perd sa vie la sauve (3). »
(1) Le Si/ Ion, 2.") août 190^. Congrès du sillon en Bretagne* (•>) /.'■ sillon, af) février 1905. Voir la aote de la page 176.
(3) Le Sillon, i°r août iyoo.
L'Egalité du n mars [9o5écrivail â pr« ; la conférence à Floubau :
l .1 relig ion, dit i M . .M >
pas être mêlée au mouvemenl de mtlà deui
choses bien différentes. Lea prêtres, lea lui-même doivenl se préoccuper uniquement de l"nr
sacerdoce. »
Le Progrès du Nord du même jour, résun
son discours, dit de sou côté :
« Ce n'est pas Le pape, ce ne sont pas les évoques qui
peuvent nous donner la solution de la question ciale (i). »
Je crois volontiers que M. Marc lier ne
reconnaîtra pas là l'expression exacte de sa pensée. Mais il est fâcheux qu'il parle de façon à être si mal compris.
L'assimilation, favorable aux malentendus, qu'il faisait tout à l'heure entre les ordres social, économique et politique, facilitant les malentendus, se retrouve dans un passage de l'article récent de M. Marc Sangnier contre l'idée d'un parti catholique (2). Sans vouloir établir ici un rapprochement, on peut dire qu'il paraît préconiser l'indépendance au nom de l'unité, comme les américanistes trouvaient dans l'infaillibilité un encouragement à l'esprit d'innovation ;
« Sur le terrain religieux^ faut que les catholiques marchent unis. Nous sommes catholiques avant tout. L'unité catholique est maintenue par le Pape et par les évêques, nul n'a le droit de se soustraire à leur autorité. C'est Jésus Christ qui a institué la véritable hiérarchie-
(1) Le Sillon. Lettre de Mgr Turiaaz à M. l'abbé Barbier. (2} L'Univers, 16 février 1906.
LE SILLON Kl LA QUESTION SOCIALE 157
On ne saurait songer sans injure à lui en substituer une autre officieuse et occulte. Lors donc qui] s'agit de défendre la foi, de parler officiellement eo son nom, l'Église est toute constituée ave- son troupeau et ses pasteurs.
« Sut' le terrain surin/, sur le terrain politique, qui
donc maintiendra l'unité catholique? J'entends bien que
le Pape a mission de rappeler aux peuples qui passent
éternels préceptes de la morale évangélique dont il a
la garde, et que son magistère spirituel doit s'étendre
sur les nations qui ne sauraient être indifférentes à la vérité religieuse. .Mais qui donc aura le droil d'imposer aux catholiques telle orientation économique, 'file préférence sociale, te] régime, telle tactique politiques] Personne, répétons-le avec force, personne.»
I ne fois, cependant, la pensée de M. Marc Sangnier s'est fait jour plus clairement, dans la contradiction. Il en vint à nier qu'en droit ni en fait l'Eglise étende son magistère à la condamnation d'erreurs sociales. On lit dans le compte-rendu du congrès du Mans :
u Un contradicteur. — Pourtant, le Syïlabus condamne formellement If socialisme.
« )/. Sangnier, — Je connais très bien le Sytlabas. Ce n'est qu'un recueil l'ait par Pie IX de plusieurs erreurs religieuses des temps modernes. !1 n'est question dans le Si/llnbus ([uede ta vérité dogmatique qui ne peut être découverte par la seule raison, mais par la grâce,
« Le contradicteur. — 11 n'est question que de la vérité d'une façon générale.
U. Sangnier. — Dès lors que le Pape parle en pape, il ne peut être question «pic de la vérité religieuse. Il
n'a jamais interdit la recherche des autres vérités. Ce que le S y II abus condamne dans le socialisme, ce sont tendances antireligieuses (i). »
(i) Voir plus loin (page 176), la définition du socialisme par
158 il - IDÉES D!
La position du Sillon est en effet embarrassante. Mlle es! fausse. Pour lui, désormais, Faction sociale
catholique esl liée à une action véritablement
proprement démocratique. Sur le terrain politique, il peut se dire indépendant de la direction <!<• N.
mais l'action sociale est comme 1»- véhicule de son action démocratique, et comme il fait de l'une l'instrument de l'autre, il faut Lien que l'une et l'autre soient indépendantes.
Nous n'entendons nullement établir une solidarité absolue entre les démocrates catholiques du Sillon et les autres, qui, sous le nom rie démocrates chrétiens, [oui émis et soutenu, sur les questio; fondamentales de la propriété, de la distinction des classes, de la répartition des richesses, sur l'ordre social actuel, les théories fausses et dangereuses qui ont provoqué les récentes décisions et prescriptions pontificales.
Mais on peut constater que le Sillon est en complet accord avec eux et les considère comme ses devanciers et précurseurs.
« Je le sais, les premiers démocrates chrétiens se sont fait vaincre partout. Il était dans leur rôle d'être des prisonniers et des martyrs. Ils ont été victimes de la méchanceté de plusieurs, de leurs propres maladresses, de la tentation à laquelle ils ont succombé, sous le pontificat de Léon XIII, d'essayer d'imposer leur conception de la démocratie au nom de l'obéissance due au Pape, victimes surtout des circonstances de la fatalité, qui
M. Marc Sangnier. Il en fait consister l'essence dans l'irréligion, et considère les erreurs sociales comme l'accessoire. Cela lui permet de condamner le socialisme avec l'Eglise et de rechercher l'entente avec les socialistes sur le terrain même de leurs erreurs.
LE SILLON El LA Ql ESTION SOCIALE 159
devait écraser ses premières troupes d'avant-garde sous le poids des inintelligences et des rancunes. Mais rien n'empêchera que la démocratie future n'ait besoin, pour lutter victorieusement contre tous les adversaires intérieurs el extérieurs qui risquent de l'étouffer, de la forte discipline morale du catholicisme. Rien n'empêchera la génération nouvelle d'imposer à tous ses desseins el ses rêves et rien ne résistera au mouvement d'opinion qu'elle déterminera à la vie qui sortira d'elle (i). »
A la clôture du lVeCongrès national (février iqo5), M. Marc Sangnier « boit à nos devanciers sur la route de la démocratie, à l'abbé Lemire, à l'abbé Garnier, à l'abbé Gayraud, à l'abbé Naudet, assez hais à cause de nos idées pour avoir le droit d'être aimés par nous pour ers mêmes idées ».
Voici, d'après le compte-rendu du même congrès, les paroles de M. Marc Sanguier dans une discussion précédente : « Nous croyons que les démocrates chrétiens ont fait une œuvre indispensable etqu'ils nous ont préparé l<i voie Si l'ouivre que nous avons entreprise est possible aujourd'hui, c'est grâce évidemment aux batailles qu'ils ont livrées. Nous sommes d'ailleurs si peu décidés, au Sillon, à rompre avec eux que nous pouvez voir au milieu de nous, dans ce Congrès, nos amis Rivière et Desgrées du Loù. Vous savez aussi avec quelle reconnaissance nous accueillerons toujours des amis comme l'abbé Lemire, l'abbé Gayraud, l'abbé Naudet, qui nous ont précédés dans un temps où il était quelque peu hardi de se dire démocrate chrétien et ont réclamé les coups pour eux, afin que nous puissions marcher avec plus de quiétude sur le chemin de la démocratie. La plupart des conférences publiques du Sillon n'ont-elles pas été faites, d'ailleurs, par MM. Lemire, Gayraud et Naudet (2) ? »
(1) V Univers, la janvier igo5. Art. de M. M. Sangnier.
S i/nri, io mars i',io,">. Inutile de dire que nous nous abstenons d'appliquer indistinctement à tontes les personnes Dominées dans ce passage les reproches qu'ont justifiés certains démocrates chrétiens.
Ilil) l.l S IDÉES K
si nous voulons maintenant répondre â la qi lion posée: le Sillon, ardenl apôtre de la réforme
iale, y travaille-t-il selon la direction d tnnéepar les Papes aux catholiques? Nous répondons: non, et nous sommes amenés une fois de pli >n-
clure : le Sillon est assurément une œuvre de catholiques,mais ce n'est pas une œuvre d'action sociale catholique.
C'est une œuvre accomplie par de jeunes hommes dont la foi, la sincérité, la générosité sont au-dessus de tout éloge, mais le but qu'ils poursuivent autre que celui où tendent les directions del'Eglh et les moyens qu'ils emploient ne sont pas tous conformes à sa doctrine.
Les doctrines économiques et sociales du Sillon sont-elles exemptes des erreurs condamnées par l'Eglise ? Voilà une première question.
Mais même alors que ces doctrines seraient théologiquement soutenables, peuvent-elles servir de base à une action sociale exercée parmi le peuple, parmi la masseouvrière, ignorante ou hostile, sans produire des résultats contraires au bien de la société et opposés à ceux que l'Eglise veut obtenir par l'action des catholiques ?
C'est là ce qu'il importe de ne pas perdre de vue.
Or, il suffit de mettre en regard les enseignements et les prescriptions des Souverains Pontifes Léon XIII et Pie X avec les théories préconisées par M. Marc Sangnier, pour qu'éclatent les divergences entre l'action sociale catholique et l'action sociale du Sillon.
Déjà avant l'Encyclique Rerum no v arum ,
Léon XÏII avait donné plusieurs fois ses enseignements sur les questions sociales. Il avait condamné des erreurs sur la mission exagérée de l'Etat, sur la lutte des riches et des pauvres, des ouvriers et des patrons, sur le rôle de la justice et de la charité, surle travail « considéré comme une fonction sociale parce qu'il intéresse la société, etc » Mais tenonsnous-en à ce célèbre document :
Mgr Turinaz l'analyse ainsi :
i" Le Pape Léon XIII a consacré toute la première partie de cette Encyclique à démontrer et à défendre contre le socialisme, qu'il condamne, le droit de propriété privée, son inviolabilité, son principe, qui est de droit naturel, sa nécessité ;
2° Léon XIII a enseigné dans cette Encyclique la nécessité des inégalités desconditions « sans lesquelles la société ne peut exister, ni se concevoir ». 11 a enseigné la concorde entre les clas oncorde qui engendre l'ordre
et la beauté » ;
3° Léon XIII a consacré UUe partie considérable de son Encyclique à démontrer que la solution desquestions sociales et le salut sont dans l'influence de la religion, dans ses institutions, dans la résignation et la charité.
« Le premier principe à mettre en avant, c'est (pu1 I homme doit prendre en patience sa condition » : c'est de « rappeler aux deux classes leurs devoirs mutuels, et, avant tous les autres, ceux qui dérivent de la justice. L'ouvrier doit fournir intégralement et fidèlement tout le travail auquel il s'est engagé par contrai libre et conforme à l équité. Parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre an premier rang celui de donner le salaire qui convient ». C'est la - justice » dans le contrat du
travail. Enfin, satisfaction étant donnée aux principes et aux exigences de la justice, base indéniable de la propriété privée et ses droits mutuels, l'Eglise a reçu du ciel « un enseignement d'une excellence et d'une impor-