Lois de l'Imitation, 2« édit., 1895, p
3. V. Masqueray, Formation des cités chez les populations sédentaires de l'Algérie, 1886, p. 260.
de pair avec les aspirations égalitaires des groupes.
Déjà Rome, dont la mission était de préparer pour le monde moderne la conception d'un Droit sans privilèges, n'était-elle pas le plus puissant instrument « d'intégration )) de l'antiquité? Préoccupée, dès ses origines, d'accroître le nombre des Romains, elle fait effort pour englober, vers la fin de son règne, Thumani té tout entière. La chute des barrières du vieux droit romain coïncide avec l'élargissement quantitatif de la société romaine* . — Inversement, avec le rétrécissement des sociétés au moyen âge coïncidera rétablissement des inégalités. Tous les historienfi ont noté l'étroitesse du cercle de la vie sociale pendant cette période ^ : la féodalité (( isole ^)) en même temps qu'elle hiérarchise.
Le respect des idées qu'elle défendait diminue lentement, tandis qu'augmente le nombre des individus rassemblés par les grandes nations modernes. Pour celles-ci l'accroissement quantitatif semble en quelque sorte de rigueur : chacune d'elles paraît tenir pour une nécessité vitale l'assimilation du plus grand nombre possible d'individus. L'appétit d'annexion est carac-
1. V. Madwig, VÉtat romain, trad. Morel, I, 18, 233 ; II, 250.
2. V. GuizoT, Essais sur l'Histoire de France. F® essai. Le même fait est noté, non seulement pas les historiens de la politique, mais par les historiens de l'économie et du droit. Cf. K. Bûcher, Die Entstehung der Volkswirthschaft, 1" édit., 1893, p. 212. — Levasseur, Histoire des classes ouvrières en France. I, p. 319. — Flach, Les origines de l'ancienne France, II, p. 275.
G. Bouclé. — Les Idées Kgalitaires. ' 7
téristique de nos sociétés : elles se sont constituées en absorbant les groupes plus petits qu'elles, et l'on peut dire qu'encore aujourd'hui elles font effort pour s'absorber les unes les autres. D'ailleurs, ce n'est pas seulement par le dehors, mais par le dedans qu'augmente la quantité de leurs membres. Leur croissance, dirait Spencer, n'est pas seulement externe, mais « interstitielle )). On sait que toutes, jusqu'à ces dernières années du moins, ont vu leur population se multiplier avec une rapidité inouïe ; phénomènes relativement récents et qu'on peut dire caractéristiques de l'époque moderne * .
11 est vrai que, suivant certains statisticiens, l'excès même de la civilisation, et en particulier l'ambition de la démocratie serait une des causes de la diminution, récente ou imminente, de la population européenne. Les recherches de M. Dumont^ sur la décroissance de la natalité en France et en Amérique sembleraient prouver que les centres les plus populeux, où la démocratie bat son plein, où la « capillarité sociale » fait concourir les masses, sont aussi les moins féconds : d'un mot ce serait l'individualisme, nerf de la démocratie, qui énerverait la puissance productrice des nations. — Mais, que les progrès des aspirations démocratiques
1. V. p. Leroy-Beauliku, La Question de la population et la civilisation démocratique. Revue des Deux -Mondes, 15 octobre 1897.