‹ Les idées en batailleChapitre 14 sur 59 · MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Direction de V enseignement primaire et préfecture de la Seine, bureau du matériel.

Monsieur le directeur, J'ai l'honneur de vous informer que le local du grand séminaire deSaint-Sulpice, dans lequel vous avez offert de

donner une matinée demain, mardi, 8 courant, a été attribué à VÉcole des sinistrés, et que l'administration de la préfecture, ainsi que celle de la mairie du sixième, m'en a donné la jouissance, avec la responsabilité de tout le matériel qui y est installé.

Au moment où votre offre a été acceptée, je n'étais pas présent, et précisément, d'accord avec M. le maire, je devais demain faire moi-même une conférence, avec projections, sur les inondations, précédée de quelques numéros artistiques. Les interprètes devaient être les sociétaires de la « Schola Ludorum », qui doit beaucoup à la bienveillance constante de Comœdia. Indépendamment même de cette dernière considération, je n'aurais certainement pas mis d'entrave à l'exécution de votre généreux projet, dont j'eusse pourtant dû être informé (1).

Je vous demande seulement, monsieur le directeur, de vouloir bien ajouter à la liste de vos nombreux artistes qui viendront demain, le nom de M. Amaury, ex-doyen de l'Odéon, directeur de la scène de la « Schola Ludorum », qui prêtera son concours à la matinée si je ne puis le décommander et qu'il se rende place Saint-Sulpice.

Je serai d'ailleurs probablement présent, heureux de concourir aux applaudissements qui vous attendent.

Agréez, monsieur le directeur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

G. Philippon.

Inspecteur général honoraire de l'Instruction publique.

P. S. — J'ai remis ma conférence au lendemain.

(1) Par la direction des Femmes de France qui avait donné l'autorisation.

D'où il ressort qu'il ne devait plus y avoir de sinistrés au séminaire de Saint-Sulpice pour la matinée de Comœdia le mardi 8 (le reste suivra demain...), mais qu'il y en aurait encore pour la conférence de M. Philippon le mercredi 9 !

D'où il ressort, en outre, que deux administrations rivales, Tune officielle et républicaine, l'autre occulte et réactionnaire, se disputaient les prérogatives du commandement.

Une congrégation sournoise.

Qui donc avait imposé à Mme Chabanaud, dont la bonne volonté était manifeste, la nécessité d'écrire la lettre de rétractation qu'on a lue plus haut ? Il suffira de citer les noms de quelques-unes des dames chefs de service à l'ex-séminaire pour indiquer l'esprit qui y sévit : Mme l'amiral de Cuverville, Mme de Roscu, Mme Charles Benoist, etc. En réalité, derrière ces dames, tout le parti prêtre se dressait, ayant reconquis les lieux sacrés; aussi, comme aux beaux jours du Concordat, les soutanes entraient et sortaient, circulaient et régnaient partout. Il ne fallait pas que des comédiens pussent franchir le seuil du « séminaire », même et surtout pour y faire entrer une intention de solidarité purement laïque, purement humaine.

Conflit d'autorités.

Comœdia cependant s'obstina et envoya cette fois sur les lieux tabou son collaborateur et le nôtre,

M. Paul Hyacinthe Loyson. Celui-ci s'adressa au maire, qui maintint l'autorisation primitivement accordée, par la lettre suivante :

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