LE CLERICALISME DE LA CROIX-ROUGE
I. — LE SÉMINAIRE DE SâINT-SuLPIGE n'eST PAS ENCORE DÉSAFFECTÉ.
Un noble élan solidarité artistique se heurte à une consigne réactionnaire.
Notre confrère Comœdia avait pris l'originale et généreuse initiative d'offrir un gala littéraire, non pas au profit des sinistrés, comme il s'en donne tant en ce moment, mais chez les sinistrés eux-mêmes, avec les sinistrés pour auditeurs. Il s'agissait, en d'autres termes, de disputer ces malheureux à l'ennui et au découragement qui les guettaient dans les refuges de hasard où ils étaient parqués, en leur apportant le « secours moral » d'un peu de gaîté, d'un peu de poésie à la veille du jour où ils allaient de nouveau se trouver face à face avec la vie, leur vie douloureuse de pauvres gens deux fois ruinés.
Aussitôt lancée, l'idée de cette petite fête démocratique fut saisie au bond par des artistes de bonne volonté, dont quelques-uns ont des noms illustres ; les offres de concours affluèrent, et la réalisation artistique du programme étant ainsi assurée, il ne restait plus à notre confrère qu'à soumettre le projet lui-même à la direction de l'œuvre de secours aux inondés.
Les préparatifs de la fête.
Un rédacteur de Comœdia (1) se rendit à cet effet à l'ex-séminaire de Saint-Sulpice, comme au plus important des lieux de refuge. Il y fut accueilli avec enthousiasme par la directrice des Femmes de France du VIe arrondissement, Mme Chabanaud, qui, séance tenante, lui accorda V autorisation demandée, lui désigna le local le plus convenable pour la réunion, l'ancienne salle de cours des séminaristes, et fit apposer dans les couloirs une affiche annonçant la matinée pour le Mardi-Gras, à deux heures et demie, de telle sorte que le jour du carnaval ne se passât point sans réjouissances pour ces malheureux si éprouvés. Ces dispositions préliminaires dûment arrêtées, Comœdia, dans son numéro du lundi, convoquait pour le lendemain au Séminaire un premier groupe d'une vingtaine d'artistes.
La fête décommandée.
Tout à coup, le lundi soir, ce journal recevait la lettre suivante :
(1) M. Delécraz.
Union des Femmes de France
29, Chaussée d'Antin
Paris.
Monsieur le rédacteur,
Je commence d'abord par vous remercier de la généreuse initiative que vous avez prise en voulant donner à nos sinistrés une récréation. Malheureusement, je me vois obligée d'abandonner ce projet: contrairement à nos prévisions, la plupart de nos sinistrés ont regagné aujourd'hui leur domicile, et le reste suivra demain ; dans ces conditions, il nous est impossible de mettre ce projet à exécution.
Avec tous mes regrets, veuillez croire, Monsieur le rédacteur, à mes sentiments distingués.