SONNET
A un jeune Poète boer mort en défendant sa Patrie.
Je te salue, enfant qui rêvais et chantais; Je baise comme un seuil d'auguste sanctuaire L'humble fosse où ton cœur partage le suaire Du droit enseveli sans qu'il meure jamais !
Dans la nuit sépulcrale, asile aux murs épais, Ne pleure pas l'azur souillé du jour solaire; Ta couche fait envie aux vaincus qu'il éclaire, Ils survivent debout sans recouvrer la paix.
Lève- toi, bats de l'aile, âme héroïque, vole Et cherche à la clarté de ta blanche auréole, Le trône où la Justice oublieuse s'endort.
Que, réveillée au cri du sang versé pour elle, Elle arrache leur proie aux serres du plus fort Et dresse devant Dieu sa balance éternelle.
Sully Prudhomme.
Ce sonnet a été adressé par M. Sully Prudhomme à Mme de Waszkléwicz, qui formait en Hollande un petit recueil de poésies à la mémoire des héros boers.
Le Temps, 16 janvier 1902.