ZOLA ET BR1EUX
M. Eugène Brieux est resté brave sous la coupole, ;e mausolée où se sont endormis tant de libéralismes le jeunesse... Le jour de sa réception à l'Académie i3 mai 1910), le public bien pensant du noble fau- >ourg et M. de Ségur lui-même, dont on connaît les >pinions roses, marquèrent au récipendiaire on ne >ait quelle faveur particulière et comme l'intention lélibérée de ne le taquiner en rien. Aussi fallut-il à ;elui-ci un réel courage pour réagir tout à coup contre in tel charme de sympathie et saluer d'une voix forte 5t saccadée la mémoire glorieuse d'Emile Zola, sous 'œil étonné de Fénelon et de Bossuet. Le public le ut au moins autant. C'est la première fois que, depuis 'Affaire et même peut-être depuis l'échec académique le 1 auteur des Rougon-Macquart, son nom abhorré itait prononcé dans ce sanctuaire. On eût entendu roler une guêpe... Seul, au premier rang des tribunes,
quelqu'un murmura : « Bravo !. . . » Et c'est celui qui, à l'issue de la séance, adressa à Eugène Brieux le billet suivant, que nous empruntons au journal le Siècle du i4mai :
Mon cher et illustre ami,
Dans l'instant où je rentre chez moi après avoir entendu votre discours de réception à l'Académie, je veux différer tout autre éloge pour vous féliciter d'abord de la belle crânerie que vous avez montrée à trois reprises : en vous réclamant, dès l'exorde, de votre famille, le peuple ; en ne craignant pas, sous l'habit vert, d'appeler de vos vœux le triomphe du prolétariat ; et enfin en lançant sous la coupole, dans cette heure de lâchetés tacites et de mauvaises hontes réciproques, le nom d'un de vos maîtres, Emile Zola.
Croyez, je vous prie, mon cher ami, que ma vieille affection s'est accrue d'un peu d'admiration nouvelle.
Paul Hyagixthe-Loyson,
Secrétaire général de V Association Émile-Zola.
Bulletin de l'Association, n°2, 1910.
(les batailles d'idées continuent)
2651. — Tours, imprimerie, E. Arrault et Cie