BAPTISTE BONNBT ; U« PAYSAN DU MIDI 3U
ce petit bréviaire de la vie en pleiae campagne et en liberté, c'est la joie qui Éclate à chaque page, la reconnaissance envers la créalion, le cantique du cœur épaaoui par la bonté. Au fond de nos âmes, les pires et les meilleures, sommeille, comprimé et déformé par les erreurs de la civilisation arlifieielle, cet hymne à la lumière du jour et aux étoiles qu'oot chanté tous nos grands ancêtres. La moindre parole haute et sincère réveille cette puissance engourdie et l'héroïsme nous paraît possible. Je songe à Wall Whitman, à ses poèmes frissonnants comme des nébuleuses, oii l'homme parait si grand, débarrassé de toute contrainte, individuel avec frénésie, jusqu'à se perdre dans la masse. Jesonge à Ciiristian Wagner, simple paysan d'un village d'Allemagne, qui égale les premiers mystiques par sa passion profonde des arbres, des lleurs et des eaux vives, sa pénétration candide des pieux secrets de la nature. Avec des difTérences capitales, qui tiennent à la race et k l'orçanisme, Baptiste Bonnet est de cette lignée. Je ne crains pas ce rapprochement; ils me comprendront ceux qui savent lire et juger d'un être à. travers les mots.
Tout voir à la clarté de l'amour! c'est le souverain privilège. Cette clarté amène au centre des choses, donne à l'enfant l'énergie d'un homme, à l'homme le bondissement de l'enfance. Quand, la veille de Noël, le petit paysan est entre son père, sa mère, ses frères et sœurs et ses grands-parents, il savoure à la fois tous les bonheurs devant le feu qui brille et la lable chargée. Cette béatitude l'ouvre à la compréhension de toute solidarité, celle
3fli LES IDÉES EN MARCHE
delà famille, celle des amis et voisins, celle des arbres que le gel contracte au dehors, celle de luimême avec un loîûtain héritage de droiture et de vaillance qui crépite au fond de son cœur comme le sarment dans la tlammo. La causerie naïve et pittoresque de tous ces braves gens nous émeut par sa noblesse primitive comme un morceau deThéocrite ou d'Ilérondas. Quel touchant récit qae celui de la Brouettel Le petit bonhomme on est tout fier de celte brouette que lui a donnée son père, neuve et luisante, pour aller ramasser sur les routes ce qu'y hisse de vestiges le passage des chevaux et des bœufs. Peu à peu le ton s'élève. Issu d'images plus que familières, le désir de l'ample et riche nature entredans ce gars. Il voudrait étrcindre le beau ciel d'or, l'horizon tremblant de chaleur et si limpide, le grêle feuillage des oliviers semblable à delà poussière d'argent. Le contentement de la besogne, l'ivresse del'air pur, le proche espoir du foyer, tout se joint dans cette éime tressaillante en une vraie priÈrelyrique et les mots majestueus et précis accourent et portent l'idée, lui donnent recul et fantaisie, divinisent une impression fraîche ; Je regardais le mas de Loule qui se haussait sur son TTionticule, et, desaile en suite, ainsi que dans un rêve, après avoir rasé du regard les cabanes de Briquet, je m'abandonnais mollement sur l'étendue de la plaine. Sans comprendre comment de l'obscur la terre passait à la clarté ; ni pourquoi, depuis le matin, quand nous étions partis, les étoiles s'en étaient allées ; ni pourquoi le soleil que nous espérions mettait tant de paresse à faire sa levée; je regardais. Et