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BAPTISTE BONNET : UN PAYSAN DU MIDI

au milieu des bavardages qui sortaient de la. bouche des gens, au milieu du brésiliemenl des oiseaux, dans le calme de la campagne, tout doucement je plongeais, pauvre huiocont, au jond des mystères du monde.

Elle demeure miraculeuse, la vigueur deces souvenirs d'enfance. Nous tenons là un témoignage capital sur la nature poétique, sans alliage, culture, ni frelatage, La culture ! Par elle nous essayons de suppléer à nos manques. Elle ne vautque par le réconfort que nous donnent les chefs-d'œuvre. La spontanéité l'emporte, qui fraye une roule impétueuscau tempérament, au caractère et ne lesfausse jamais. L'art est un cri sincère, cri d'appel et de solidarité que Ion pousse dansla joie ou dans ladouleur, au croisement de la route noire et de la roule blanche. Baptiste BoDuet est né sur la route bl.inche. Nulle restriction à sa clameur. Sortie d'un gosier robuste, elle signifle que le monde extérieur s'était imprimé avec une force telle sur l'organisme d'un petit berger de Provence, harmonieux et sensible, que l'instrument devait résonner. Ses harmoniques nous troublent par leur subtilité et leur raffinement tels que chez le musicien le plus consommé. 11 y a là un prestige inexplicable, un appareil verbal adapté à l'appareil moral. Qu'importe, au resle, tout raisonnement. L'œuvre est là qui nous appelle par sa noblesse et ses élans dont nul n'est airecté, ses pénétrants raccourcis, son humanité aussi vraie que ses paysages. Écoutez ce prélude à la - Tai//e des vignes: Le vent du nord bouffe en rafale. Il fait un froid qui gerce. Les fontaines ont des chandelles de glace à leurs goulots, les-

seaux d'eaii. dans les maisonssont couveris d'une peau, l'huile dans les cuivres et les jarres s'épaissit et se vire en mille perles. Les rues et les c/iemÎTis sont durcis, résonnent bellement au piquer des sabots des gens qui courent, vont et viennent poursuivis par h cent qui brame etsifflecomme un dératé ; dans les ornières, dans les fossés dans tes flaques, l'eau est prise. Les arbres craquent. — Là-bas, bien loin, derrière les montagnesde l'horizon, plan-plan, la prime aube s'éparpille enriant en un immense, rideau de bleu, de rougeetde blanc laiteux, éclabousse lesombres de la nuit; bientôt les rues et la campagne sont noyées des premières lueurs du jour. — Cocorico! Cocorico ! font les coqs, et on entend de longs ébrouements et battements d'ailes dans les poulaillers.

Comme il arrive pour les œuvres foncières, toute une race est inscrite dans ce livre de Baptiste Bonnet. L'aisance, la justesse et la lucidité des images attestent le tempérament du Midi, Alois que, chez Christian Wagner, le paysan allemand dont nous parlions plus haut, la moindre strophe est d'inspiration germanique par les inclusion^j métaphysique et le goût du mystère, chez notre provençal, les mulUpies aspects d'une réalité saisissante sont en première ligne et en pleine lumière. Les tendancesprofondts sont plutôt senties qu'exprimées. Mais les remarques judicieuses et malicieuses fourmillent. Les phrases se relient par un sourire. L'émotion s'esquive sans vouloir être poursuivie. Le texte provençal est en regard de la traduction qui le suit dans sa lettre et dans son esprit

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