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PARIS ET LA PROVINCE

était, et pour cause, suspect anx francs-maçons, C'est ce qui explique l'oubli qu'on essaye vainement de faire autour de son grand nom.

I.a question des universités proviuciales est, eile aussi, 'iDléressanle. Pour J'^aseignoineot primaire, comme pour le secondaire, comme pour le supérieur, on peut fortifier les Facultés de province, augmenter leurs privilèges et, à mesure que l'enseignement monte, l'efficacité de ces mesures apparaît, car des groupements scientifiques ou littéraires se forment ici ou là., l'émulation engendre la prospérité. Au lieu de cet abrutissement, au même endroit, par des examens et des concours toujours incomplets, entachés de faveurs et théoriques, au lieu de cet encasernement des esprits qu'a si bien décrit Tiùnedansson Histoiredu régime moderne, on aurait de l'air, delà variété, de ta spontanéité. Les étudiants iraient de ville en ville se forliderdans telle ou telle spécialité. On saurait qu'à Montpellier, par exemple, on apprend surtout bien l'histologie générale; àPariNgta bactériologie; à Lyon, l'embryologie. Cette formation de foyers intellectuels est nécessaire k la vie d'un pays . On n'assisterait plus alors! cet encombrement, & cette lutte, & cette attente des places qui ridiculisent le haut enseignement français et l'annihilent, car nul n'ignore que l'efTet des cours de médecine, de droit ou de lettres ou de sciences est à peu près nul, que, sauf deux ou trois exceptions, nos laboratoires sont organisés en dépit du bon sens, piteusement entretenus, que peu de professeurs sont en contact avec leurs élevés, que les études se poursuivent mécaniquement, sans initiative ni zélé, par

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inscripiionsetformalilés. Nous avons eu sous les yeux l'exemple de l'Allemagne avec son euseignemeni disséminé, ses petits centres dV'tudes. fiien ne serait plus aisé que d'établir chez nous quelque chose d'analogue, de détruire des erreurs qui nous appauvrissent et nous mettront bientôt en relard sur Ion te l'Europe. Il n'y a plus guère que les Roumainsqut viennent compléler lours études à Paris.

Les congrès qui se déplacent sont une bonne mesure. Ils furent, dèsie début, archéologiques. Ils révélaient à la province ses richesses, la nécessité de conserver ses monuments, de les entretenir, de les étudier. Aujourd'hui ils sont artistiques et scientifiques et ils projettent heureusement la lumière sur le passé de telle ou telle ville. L'échange des idées a une importance supérieure à celui des produits commerciaux ou industriels. Toute force intellectuelle qui ne circule pas se dessèche, tombe en poussière et disparaît. L'étude des archives locales et de quelques précieux dépôts a déjà été entreprise. Elle a donné de merveilleux résultats. Et ce n'est qu'undébut. Nous ignorons nos trésors. Les congrès doivent nous les ouvrir.

Une des caraclérisliques les plus nettes de ce besoin de décentralisation sur lequel nous insistons en ce monient, c'est le développement de la presse départementale. Il s'est fondé, sur toute la France, un certain nombre de journaux admirablement rédigés, admirablement renseignés, dont la sphère de lecture et d'action est quelquefois fort étendue, et qui font une concurrence sérieuse, pour ne pas dire victorieuse, aux organes de la capitale. C'est ik qu'il faut quelquefois chercher l'opinioa

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rrançaise, en dehors des outninces et de l'esprit (le parli. Cette[iresse do province est probe et laborieuse ; elFe compte beaucoup d'écrimus de talent qui se contentent de leurs snccôs régionaux, ne battent point la grosse caisse, ne font chanter personne. On répétait nn peu partout, même avant les scandales du Panama, que les princip'aux réfractairesà la manne malhonnête avaient été des grands journaux de province dont on citait les noms. C'est là une tradition excellente et faite pour rehausser le prestige de la presse, aujourd'hui légèrement atteint. Elle serait curieuse à étudier, la zone acquise à des faiseurs d'opinion tels que la Gironrie, la Dêpêche,le Petit MarseiUais,ïe Progrès de Lyon, etc. On y Vt^rrait le tracé, les limites des grands groupes provinciaux naturels. Cette puissance expansive nous renseigne déjà sur le vif désir d'autonomie qui agile des régions distinctes.

« Désir dangereux », s'écrient les adversaires de la décentralisation. Leur grand argument, c'est le péril séparatiste. Ils craignent que la France ne se morcelle en plusieurs gros cristaux indépendants, vivant chacun d'une vie individuelle et réfractaires désormais à la fusion. Ils développent celte hypothèse que des assembléJS régionales on arrivera aux parlements régionaux, aux budgets régionaux, aux milices régionales. «La pente est glissante, affirment-ils ; sur elle on ne peut plus s'arrêter. » Ces raisonnements sont spécieux. L'idée de pali'ie n'est pas inférieure, dans les confédérations, à ce qu'elle est dans les pays fortement centralisés. Où peut-on trouver plus de patriotisme qu'en Suisse? Au contraire, les conflits naissent toujours du

maleoleadu qui nous occupe et l'idée de patrie s'en trouve dîmiDuée. Pour prendre un exemple récent et lointain, lors des dernières grèves américaines, il fut aisé de voir la vivacité des sentiments autonomes dans les districts des États-Unis. Au sujet de l'envoi des troupes fûdéralea, le gouverneur del'lliinoiset le président Cleveland échangèrent des dépéclics bien sigoificalives et qui prouvent, en cas d'alerte, le péril réel delà centralisation k outrance. D'ailleurs, c'est an législateur à limiter ces reveiidicalions provinciales 'i ce qu'elles ont de légitime et i. sauvegarder les droits de l'État. Entre le socialisme, qui donne à celui-ci tous les pouvoirs et en fait une sorte de monarque absolu, disposant de la vie de la nation, et l'individualisme, qui réduirait & néant la notiou del'Étal, il y a place pourune opinion plus juste et plus élastique. Quant aux patriotes, leurs inquiétudes servent vaines. Le fait d'uimer son champ, son horizon, sa ville, n'a jamais empêché d'aimer sou pays. Le deuiième sentiment n'est que l'extension du premier, et le premierdonne comme origine au second des images réelles et concrètes, c'est-à-dire ineffaçables. II est, en effet, impossible de toucher & la constitution de l'armée telle qu'elle est actuellement comprise, et je suis sur que les plus fougueux décentralisateure n'ont jamais envisagé cette éventualité comme un conséquence de leurs théo-

Quel beau jour que celui où, les premiers résultats obtenus, le malentendu s'effacera, la vie circu-

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