Les idées et les hommes
Les chapitres de ce volume ont paru d^abord, — les six derniers, au gré des circonstances , dans la Revue de Paris, le Nineteenth Century et le Figaro, — les douze premiers, dans la Revue des Deux Mondes, de mois en mois, depuis le 1" octobre 1912. Ceux-ci, par leur continuité même, font un ensemble ; et je souhaite ou on y aperçoive quelque unité, une intention nette, au moins une opinion réfléchie et fidèlement observée sur le rôle et sur les devoirs de la critique.
Pour ce qui est du titre, les Idées et les Hommes, on me permettra de citer quelques lignes de la préface que f ai donnée, en 1911, à l'Homme qui a perdu son moi, un roman :
« De même que dans mes précédents écrits, j'ai tâché de mettre ici en contact les pures idées et les
Ames qui les reçoivent, qui font d'elles la règle de leur vie et, pour cela, ne manquent pas de les altérer. Si j'avais mon exégète ou mon commentateur, et si Je le méritais, il indiquerait sans doute que tel, au surplus, est l'objet de tous mes livres : la rencontre des idées et des âmes.
1) Historien, f aurais m.ontré comment l'humanité est occupée, tout au long des siècles, à détourner de leur véritable signification les idées que les princes de l'intelligence trouvent, répandent et livrent ainsi à des tribulations inquiétantes .. . "
Le romancier, qui étudie la réalité concrète et sa confusion, voit les idées au.v prises avec toutes leurs difficultés. Le critique, qui examine les livres où elles ont leur épiphanie, les voit telles qu elles sont nées, quelques-unes infirmes déjà, d autres belles et valeureuses, et quelques-unes mourantes déjà, d'autres qui vont commencer leur magnifique et terrible aventure.