CHAPITRE V
L'Organisation scientifique
dans les autres pays.
Les pays industriels autres que la France el les” Etats-Unis ont accepté et utilisé les idées d'organisation moderne de la même manière que les pays auxquels ils se rattachent au point de vue de la technique industrielle générale. Le Canada suit la technique américaine, il en est de même de l'Australasie, l'Afrique du Sud s'oriente de plus en plus dans ce sens, ainsi que le Japon. La Russie semblait devoir s'adapter facilement à la taylorisation avant d’être la proie du bolchevisme, qui essaie, lui aussi, de la réaliser. La Suisse et les pays scandinavés, où l’on fabrique bien, ont longtemps suivi la pratique française d'organisation progressivement améliorée mais pas encore parfaite, parce que la taylorisation intégrale n’était pas conforme au génie de leurs habitants et que le besoin ne s’en faisait pas sentir.
En Angleterre, la méthode Taylor n’a pas eu, au dé-
but, beaucoup de succès. L’Angleterre est le plus an-
HERO ER É cien des grands pays industriels, elle a une industrie très vaste, très variée, mais aussi très morcelée et très spécialisée : c'est ainsi que les mines anglaises, très. nombreuses, se composent d’une quantité de petites. exploitations privées, mal installées, dont le rendement est défectueux. Il en est de même d’un grand nombre de petites usines métallurgiques ou de constructions.
mécaniques. ; ;
On trouve le même défaut en France, mais à un degré moindre. Il est une raison plus générale pour laquelle l'Angleterre a été rebelle à la méthode Taylor : c’est que le tempérament anglais n’est pas « scientifique », si je puis m'exprimer ainsi. |
Bien que l'Angleterre ait possédé de grands savants, la technique anglaise est essentiellement empirique,
de même que le système des unités de mesures anglai-
ses est antiscientifique. On peut faire le même reproche
à la plupart des Américains, mais précisément Taylor n’en a eu que plus de mérite à trouver sa méthode.
Ce n’est guère que depuis la grande lutte mondiale que les Anglais, sous la pression des circonstances, devant la lutte nécessaire pour la production, devant les obligations de l'après-guerre, en sont venus à utiliser la méthode scientifique et souvent avec un grand succès. |
Les Anglais ont relativement peu écrit sur ces ques-
tions, dans tous les cas ils n’ont jamais produit des œuvres
comparables à celles des Américains sur la méthode et
l'organisation proprement dites ou à celles des Fran-
çais sur la psychologie sociale et la mentalité ouvrière. :
Nous examinerons en dernier lieu le rôle de l’Allemagne dans les questions d'organisation.
En dépit des résultats de l'enquête menée par M. Le Châtelier dans /’Opinion pendant la guerre, nous n’hésitons pas à déclarer que le rôle de l'Allemagne a été de tout premier ordre.
Si l'Allemagne a pu mener la guerre pendant plus de quatre ans contre ses nombreux ennemis de l'Est et de l'Ouest, elle le doit uniquement à son organisation. © Ils'est trouvé chez elle des hommes supérieurs à la tête de ses grands offices et bien capables de comman-
der, mais ces hommes ont été s servis par u “esprit de discipline du peuple entier. “e
À l'inverse de l'Anglais, l'Allemand a l'esprit scientifique, il à plus que nous l esprit de recherche et d’analyse, il ë moins que nous l'esprit d'induction, mais il -est si travailleur et si méthodique qu'il obtient presque toujours dans les sciences d'excellents résultats. C'est ainsi que les Allemands ont découvert tantde nouveaux produits chimiques, qu'ils ont trouvé tant de bacilles, qu'ils ont mis au point tant de méthodes nouvelles.
C’est grâce à leur esprit scientifique qu'ils ont pu arriver à combiner des systèmes très perfectionnés d’organisation et à l’esprit de discipline inné chez eux qu'ils. les ont appliqués avec tänt de succès.
Il n’y a pas en Allemagne d’auteur qui ait donné son nom à une méthode, il n’y en a pas qui se soit distingué
par un livre sensationuel sur ces questions, mais dans la presse technique, si abondante dans les pays de langue allemande, d'innombrables articles ont paru ‘sur l'organisation, en particulier dans la « Technique et Organisation (1) supplément mensuel du Bulletin de la Société des Ingénieurs Allemands (2).
Il est certain que ce n’est que grâce à une organisa tion très étudiée qu'on a pu élablir les grandes sociétés industrielles, les grands trusts comme l'A. E. G. (3) et Siemens, et les famenx cartels métallurgiques.
Le Dr Rathenau, directeur de l'A. E. G., une des plus grosses sociétés du monde, a été jusqu'à organiser pendant la guerre la société Métallum, pour drainer vers l'Allemagne, malgré le blocus, tous les métaux possibles de toules les parties du monde.
On aremarqué que les heures des repas étaient ordinairement mai choisies el incompatibles avec le meilleur rendeæsat du persounel ouvrier : les usines Siemens ont créé un système de restaurants ouvriers avec repas aux heures « scientifiques » permettant d'utiliser dans les meilleures conditions à la fois industrielles et hygiéniques les calories produites aux diverses phases ” de la digestion. Il parait que ce système a donné de bons
résultats.