‹ Les Idées Modernes sur les EnfantsChapitre 18 sur 41 · TI810N ET AUDITION · texte numérisé non relu

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enfant, et quelles sont les conclusions d’intérêt pratique à tirer de cet examen.

Il fallait d’abord faire une simplification ; nous avons proposé, avec le D" Simon, que l’on considérât un examen de ta vision comme formé de deux parties bien distinctes : une partie pédagogique, qui peut 4tre exécutée par tout instituteur ou par tout parent ; et une partie médicale, qui sera réservée au médecin oculiste.

La partie pédagogique est fort simple; de quoi s’agit-il? De déterminer avec précision à quelle distance maximum une personne peut lire des caractères imprimés d’une grandeur déterminée. C’est en cela que consiste la mesure de l’acuité visuelle d’une personne. Eh bien, nous le demandons, quel est le maître qui ne peut pas faire cette observation sur ses élèves, lorsqu’on l’a averti de quelques causes d’er reur qu’il doit éviter? Faire cette mesure, c’est exécuter la partie pédagogitjue du travail ; ce ne sont pas seulement les maîtres, ce sont tous les parents qui en sont capables.

Reste la partie médicale, celle qui ne regarde pas l’instituteur, mais l’oculiste. En quoi consiste-t-elle? Elle consiste, une fois qu’il est constaté que tel enfant n’a pas une vision normale, à rechercher les causes de cette défectuosité visuelle. Le médecin nous dira, par exemple, après un examen de l’œil à l’ophtalmoscope, ou après des épreuves variées, qu’il existe une opauté des milieux de l’œil, ou une malformation du cristallin, ou une lésion du fond de l’œil. Il nous dira : voici de la myopie, voilà de l’astigmatisme, etc. Constatations délicates, puisqu’elles ne peuvent être faites que par un spécialiste; constatations importantes, puisqu’elles dictent le traitement. Mais c’est un travail qui est tout à fait indépendant de celui de l’instituteur. Ce dernier, je le répète, n’a qu’une chose à faire, c’est de déterminer quels sont

ceux de ses élèves dont la vision n’est pas normale.

Cette question de principe une fois tranchée, décrivons exactement la méthode à suivre. Elle consiste à olacer en pleine lumière, mais en lumière diffuse, à hauteur d’œil, contre un mur de préau découvert, un tableau contenant des lettres de différentes grandeurs. On appelle échelle optométrique le tableau contenant de ces lettres ^ Si nous prescrivons de suspendre l’échelle en plein air, c’est parce que les changements de lumière y sont moins accusés que dans une pièce fermée. On opère de préférence entre 10 heures e; 2 heures, et on évite les temps couverts.

L’échelle optométrique contient plusieurs rangées ie lettres, ayant des dimensions différentes. Les lettres ne forment pas des mots; on a évité cette formation, afin d’empêcher les examinés de deviner les lettres par l’aspect général d’un mot connu. 11 faut donc perce voir les lettres une 4 une.

Quelle est la grandeur de lettres qu’on doit pouvou lire pour avoir une vision normale ? Il faut — et tout l’essentiel de la méthode se trouve dans la phrase suivante — pouvoir lire correctement trois lettres sur sept, quand les lettres en caractère d’imprimerie oui 0“,007 de hauteur, et qu’on est placé à une distance de 5 mètres. Voilà, dira-t-on, une règle bien précise ; et, ajoutera-t-on, bien arbitraire.

Pourquoi tolérons-nous quatre erreurs sur sept lettres ? Pourquoi demandons-nous ces 5 mètres de distance? Pourquoi faut-il que les caractères aient ')“,007 de hauteur, et non pas 0“,008 ou 0“,006? Nous répondrons point par point. D’abord, il est bon que l’examen de la vision soit enveloppé d’un certain fornalisme, afin d’éviter qu’il s’exécute avec négligence ; »i l’on nermettait à un maître de montrer indifférem-

1. 11 en dxisttf dans le commerce diflérents types. Celui que QOUB employons est fourni au prix coûtant par la Société libre cour Cétude de l’enfant.

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ment la première lettre venue d’une carte murale à un enfant, l’exercice perdrait sa méthode; on en viendrait k demander à l’enfant de décider lui-même s’il a une vision longue ou courte. La prescription relative aux distances et à la grandeur des lettres paraît être plus grave, et avoir un fondement scientifi-que ; il a été calculé par les oculistes aue l’image rétinienne d’une lettre de O^^OOT, vue à 5 métrés, est en rapport avec les dimensions des éléments sensibles de la rétine, et on s’est imaginé que si deux points lumineux sont assez voisins pour se peindre sur un seul cône, ils ne produisent pas deux impressions, mais une, et qu’il faut que les deux points, pour être perçus doubles, soient séparés par un espace égal au diamètre d’un cône*. Mais on s’aperçoit, aujourd’hui, que cette localisation anatomique de l’excitation a peu d’importance; car percevoir est une opération qui exige toujours une intervention active de l’intelligence, et qui est d’autant plus fine que l’intelligence est plus déliée; on ne mesure pas l’acuité d’un sens d’une manière absolue, mais par rapport à ce jeu nécessaire et inévitable de l’intelligence®. A mon avis, la grande, la vraie, la seule raison d’accepter comme mesure d’acuité normale de la vue les règles que nous venons de dire n’est pas une raison physiologique, mais une raison sociale. D’abord, avec cette convention, le nombre des déficients de la vision n’est pas assez grand pour constituer la majorité dans la société et dans une classe d’enfants; on peut donc s’en occuper d’une façon spéciale, et quand il s’agit d’enfants, leur donner des places privilégiées dans la classe; en second lieu, cette convention est d’accord avec la

1. E. Javxl. f.ty$iologie de ta lecture et de [écriture. Paris, Alcan, 1905.

2. J'ai montré ailleurs qu il est Impossible de faire une mesure scieiitiüque de l’acuité des sens. Voir Année Psyehola- 7)4 ue, IX, 1903, p. 247.

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nécessité imposée par la grandeur des locaux; car le» enfants qui ne jouissent pas de la vision normale ci-dessus déllnie ne lisent pas au tableau, quand iis sont placés tout au fond de la classe. Enfin, si nous tolérons qu’un enfant commette quatre erreurs sur sept lettres à lire, c’est parce qu’une sévérité plufc grande nous aurait amenés à reconnaître un trop grand nombre de défectuosités delà vision. La limite entre le normal et l’anormal est toujours arbitraire; il faut la poser de la manière où elle répond le mieux aux besoins de la pratique.

Pour les enfants d’un à six ans, qui ne savent pas encore lire, on recherche s’ils peuvent distinguer, à 7 mètres de distance, un cercle, un carré, une croix de 21 millimètres de hauteur.

Tous ces examens doivent être faits individuellement, quand cela est possible; on évitera les tricheries et on encouragera beaucoup les enfants, sans toutefois les aider. Le travail terminé, on cherchera quels sont les enfants dont la vision est la moins normale ; on les placera le plus près possible du tableau noir; et par cette simple mesure on peut être certain de leur rendre un immense service.

En outre, on fera bien de signaler aux parents les enfants qui ont besoin de l’examen d’un oculiste. C’est un devoir de les avertir; mais en fait, nous avons constaté que le plus souvent les parents restent sourds à ces avertissements; ils ne veulent pas se déranger, ils ne veulent surtout rien dépenser. On veillera aussi à ce que les cartes et gravures décorant la classe soient bien éclairées; les tableaux noirs et tes cartes murales doivent être mats. Quand l’instituteur écrit au tableau, il emploiera des caractères assez grands, tracés bien lisiblement; étant donné qu’à 5 mètres on lit des caractères de 7 millimètres, il aura une écriture proportionnée à cette •xigence On veillera aussi à ce que les Uyres scolaires

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goient imprimés en bons caractères, dont la dimension doit avoir 1““,5 de hauteur avec des interlignes de2““,5. Toutes ces précautions semblent minutieuses, maie elles sont si utiles!...

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de plaider longuement pour montrer les avantages de re.xamen de la vision chez les écoliers. Mais je veux profiter de cette occasion pour faire une petite digression au sujet des tests mentaux. On appelle de ce nom des expériences rapides destinées à nous faire connaître les facultés des enfants. Il y a des gens qui se moquent agréablement des tests, et cela pour diverses raisons. Le philosophe américain William James reproche à la méthode de manquer d’intérêt, de sorte que l’enfant n’est pas incité à donner sa vraie mesure. « Aucune expérience de laboratoire, dit-il, n’est capable de jeter quelque lumière sur le pouvoir réel d’un individu, car le ressort vital, son énergie émotionnelle et morale, son opiniâtreté ne peuvent pas se constater par une seule expérience ». Il cite à ce propos l’exemple extraordinairement touchant du naturaliste Huber qui, aveugle, mais passionné pour les abeilles et les fourmis, les observa mieux par les yeux d’un autre que celui-ci avec ses propres organes. Et James termine par une belle apologie de la puissance de ia volonté : « Désirez être riche et vous le serez, ditil; désirez être savant, être bon, et vous le deviendrez. Seulement désirez réellement une chose, à l’exclusion des autres, et sans vouloir simultanément, avec une force égale, une centaine de choses incompatibles avec elleL » Les observations sont exactes, et la conclusion est juste. Et cependant, estce que ce raisonnement entame le moins du monde la valeur des tests mentaux? Je ne le crois pas, car

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