U MESURE DU DEGRÉ D'INSTRUCTION
Pour le moment, nous sommes obligés de juger les élèves d’après les programmes de l’enseignement auquel ils ont été soumis. Nous acceptons donc cet enseignement et ces programmes comme une fin qui ne se discute pas et nous devons considérer comme le meilleur celui des élèves qui a pu s’assimiler le plus de connaissances scolaires.
Occupons-nous surtout de la forme de l’examen; recherchons comment se fait le choix des questions et de quelle manière elles sont posées. Bien des réformes seraient à introduire ici, et tout le monde a pu vérifier les observations que je vais consigner.
Si on suit attentivement quelques examens de droit ou de médecine, on est surpris de la différence qui
les idées UODEKNëS Süh LES ENFANTS
t'xiste entre les exigences de professeurs faisant passer un examen identique. Certains sont très indu gents, peut-être par bonté, peut-être par indifférence et scepticisme, et ils ne semblent avoir d’autre idée que de tendre la perche au malheureux candidat qui se noie; ils ne le refusent que s’ils y sont contraints et forcés. Il y en a d’autres qui semblent avoir pour objectif do coller le candidat; l’examen est une vraie lutte à main plate, et ils ne s’arrêtent que lorsque leur adversaire a été tombé. D’autres encore se font sur un sujet une opinion personnelle et ils veulent que le candidat trouve leur idée ou même le mot qu’ils ont dans l’esprit, ce qui ne serait possible que par un miracle de télépathie. Il résulte de tout cela que les questions posées à un même examen sont d’une si grande différence de difficulté que le succès d’un candidat ressemble à une loterie. Je me rappelle avoir suivi avec grand intérêt plusieurs examens d’anatomie. Certains jurys prononçaient l’admission pour des élèves qui réellement étaient au-dessous du médiocre; d’autres refusaient sans pitié des étudiants beaucoup plus instruits. Le caractère de l’examinateur, ses dispositions du moment, ses aigreurs d’estomac, la présence d’un confrère compétent qui l’écoute et le juge, toutes ces petites causes peuvent changer du tout au X)ut la manière d’interroger et de coter. Il est à observer qu’en général les spécialistes sont féroces dans leur partie ; un anatomiste et un chirurgien sont bien plus exigeants en anatomie qu’un chimiste ou un clinicien ; un romaniste est plus impitoyable en droit (omain qu’un économiste. Et j’ajouterai encore que la « tête du candidat » peut lui profiter ou lui nuire suivant la sympathie ou l’antipathie qu’il inspire. On m’a avoué un jour que, dans les examens oraux, un examinateur absolument impartial d’intention ne le «era pas en fait pour une candidate dont la figure ne lui déplaît pas.
l'enfant a L’ISCOLl
Nous avons essayé, à notre laboratoire de pédagogie, de montrer que toutes ces erreurs et défaillances ne sont pas inévitables et qu’il est possible d’organiser des examens qui soient des mesures du degré d’instruction. C’est mon collaborateur, M. Vaney, qui a été chargé de ce travail C II a arrêté tout un plan d’examens qui permet de mesurer l’instruction d’un élève, âge par âge, depuis sept ans jusqu’à douze ans. C’est une méthode qu’on a rendue applicable à l’instruction de l’école primaire seulement, parce que notre laboratoire est situé dans une école primaire et que, d’ailleurs, l’enseignement secondaire reste fermé jusqu’ici à la plupart de nos recherches de psychologie expérimentale. Mais il serait bien facile d’étendre la méthode à l’enseignement secondaire et à n’importe quelle espèce d’enseignement, car le principe de la méthode resterait le même.
Ce principe se résume dans les deux propositions suivantes : 1® l’examen n’est pas livré au hasard, au caprice de l’inspiration, aux surprises des associations d’idées, il se compose d’un système de questions don/ la teneur est invariable, et dont la difficulté est dosée' 2® le degré d’instruction d’un enfant n’est point jugé, in abstracto, comme bon, médiocre, mauvais, suivant une échelle subjective de valeur; il est comparé au degré d’instruction de la moyenne d’enfants de même âge et de même condition sociale qui fréquentent les mêmes écoles.
Le résultat obtenu peut être aussitôt transformé, sans commentaire d’aucune sorte, en une notation qui exprime qu’un enfant est, pour son instruction, un régulier, ou qu’il est en avance de six mois, d’un an, de deux ans, et ainsi de suite, ou, au contraire, en retard de six mois, un an ou deux ans, et davantage.
Ce système de notation est si commode qu’après