‹ Les idées morales de ChateaubriandChapitre 1 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ce liore^ de dimensions modestes, n'est pas une œuvre d'érudUioni J'ai pourtant essayé d'y mettre à profit les résultais les plus certains du travail opéré par la critique sur Chateaubriand dans ces cinq ou six dernières années ; même dans les études de parti pris, qu'elles soient favorables ou hostiles, il y a toujours à glaner des idées Justes ou des vérités de fait.

Grâce à tous ces travaux, la figure de Chateaubriand se précise de plus en plus ; elle ressemble du reste de moins en moins au portrait du peintre que nous trouvons dans les Mémoires d'Outre-Tombe ; il faut utiliser ces Mémoires, mais avec prudence, et ne pas oublier ce que l'auteur disait dés le début : « Salut, ô mer, mon berceau et mon image ! Je te veux raconter la suite de mon liistoire : si je mens, tes fiots, mêlés à tous mes jours, m! accuseront d'imposture chez les hommes à venir. » Oh ! le bon billet qu'a là le lecteur. Dans ces Mémoires, aussi intéressants qu'un roman. Chateaubriand n'a pas toujours dit la vérité, ni toute la vérité. Les critiques sont venus, qui ont rectifié et com^ piété.

Maintenant il en est de Chateaubriand comme de tous les grands hommes de son siècle : nous connaissons presque trop bien, pour eux et pour lui, le revers de la médaille, ou plutôt fenvers de la tapisserie ; l'endroit, c'est ses œuvres, c'est son autobiographie, c'est le ténor vitee, c'est le beau côté par lequel il se voyait, et par lequel il voulait qu'on le vît ; l'envers de la tapisserie est plus confus.^ moins bien arrangé : on voit les fils s'entrecroiser sans ordre ; les couleurs ne sont plus fondues.

Il faut savoir regarder même l'envers d'un grand homme, ne fût-ce que pour mieux comprendre les vraies beautés de son œuvre, la vraie grandeur de sa vie. C'est ce que j'ai essayé de faire ici pour l'auteur du Génie du Cliristianisme.

Page 1