Supplément..…, EL
sur lui-même le triste effet de cette institution, « éteignoir, — disait Mlle de Lespinasse, — éteignoir de tout ce qui est grand et qui peut avoir de l'éclat » !. |
Diderot est donc l'adversaire du mariage. Son idéal, ce serait l’union librement formée et librement rompue. Lui dont toute la morale est dominée par l’idée de société, 1l ne paraît pas avoir saisi l’intime rapport qui lie l’existence même du groupe au régime matrimonial la « conjonction des sexes », c’est pour lui chose purement privée, individuelle, laissée à la fantaisie de chacun, relevant de notre libre arbitre, et à quoi 1l est vain de vouloir attribuer une signification morale : c’est un domaine qui est, selon la nature, et qui devrait être, dans la réalité, situé «par delà le bien et le mal ». Mais c’est ici que se fait le plus vivement sentir la disproportion, la contradiction de la loi civile et. de la loi naturelle : le législateur crée des crimes là où la nature n’en a point voulu :
J'ai mes idées, écrit Diderot, peut-être justes, à coup sûr bizarres, sur certaines actions, que je regarde moins comme des vices de l’homme que comme des conséquences de nos législations absurdes, sources de mœurs aussi absurdes qu'elles, et d’une dépravation que j'appellerais volontiers artificielle ?.
Aussi l’infidélité, l’adultère Ÿ, ne sauraient être mis en comparaison avec de véritables crimes :
Ne dirait-on pas, — répète-t-il à Mlle Volland, — qu'il en soit de cette affaire comme du vol, de la calomnie, du meurtre et d’une infinité d’autres actions qui sont mauvaises en tout temps et partout ? Rentrez pour un moment dans l’état de nature. Pour Dieu, dites ce que c’est 4.
C'est selon cet esprit, c'est dans ce sens que Diderot résout les
1. Lettre à Guibert, du 23 octobre 1774, dans Ségur, Mie de Lespinasse, CHA ELTe
2. Sur l'inconséquence du jugement public de nos actions particulières, V#557:
3. Enc., art. Inconstance, XV, 195 ; art. Infidélité, XV, 217.