‹ Les idées morales de DiderotChapitre 207 sur 234 · ALandois XIX · texte numérisé non relu

ALandois XIX

5. Lettre inédite à son frère, Le Temps, 27 déc. 1019 CLASS T0:

qu il ne peut ; ce sera le plus sûr moyen de réaliser l’accord entre les « principes » et la « pratique ».

Voilà pourquoi Diderot condamne le stoïcisme : c’est qu'il méconnaît les bornes de notre nature. Ah ! sans doute, il n'ignore pas, comme a dit Voltaire, «qu'on n’a de crédit sur l’esprit des peuples qu’en leur proposant le difficile, l'impossible même à faire et à croire » !, ou, comme a dit Montesquieu, qu’ «en matière de morale, nous aimons spéculativement tout ce qui porte le caractère de la sévérité » ?.

Mais il sait aussi que ces enthousiasmes d'imagination ont peu de durée et surtout peu d’efficace : pour avoir trop exigé de soi, on n'obtient rien que de médiocre et de passager :

Le stoïcien était valétudinaire toute sa vie, sa philosophie trop forte était une espèce de profession religieuse qu’on n’embrassait que par enthousiasme, où l’on faisait vœu d’apathie, et sous laquelle on restait de chair, avec quelque zèle qu'on travaillât à se, pétrifier. Sénèque se désespère d’être un homme *.

D'où une désharmonie entre ce qu'on est, ce qu’on ne peut pas être, et ce qu'on s'efforce vainement de devenir ; d’où une mauvaise humeur qui se répand sur vos entours :

Je voudrais bien être Caton ; mais je crois qu'il m'en coûterait beaucoup à moi et aux autres avant que je le fusse devenu. Les fréquents sacrifices que je serais obligé de faire au personnage sublime que j'aurais pris pour modèle me rempliraient d'une bile âcre qui s’épancherait à chaque instant au dehors *.

1. Lettres philosophiques, suite des Remarques sur Pascal, éd. Lanson, LER272

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