‹ Les idées morales de DiderotChapitre 216 sur 234 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

morale du sentiment !, puisqu'elle part de notre désir du bonheur, puisqu'elle fait de la sensibilité le ressort unique de l’action, puisqu'elle s'achève à exalter certains mobiles que ne connaît pas la raison raisonnante.

Et encore, cette morale est-elle individualiste ou sociale ? Aucune de ces épithètes ne saurait s’y appliquer avec une parfaite pertinence : elle ne juxtapose point, elle n’unit point seulement du dehors ces deux tendances ; mais, par une déduction qui n'est pas de pure analyse, elle les fait sortir l’une de l’autre, Tout homme n'a de devoir que la réalisation de sa félicité personnelle, et cette félicité est différente pour chacun ; mais Diderot arrive à y faire tenir la préoccupation du bien des compatriotes et des contemporains, et plus encore : le souci de l’ «espèce » entière, umwverselle et éternelle, à qui c’est sagesse que nous nous immolions. Parti d’un individualisme eudémoniste, le « philosophe » nous mène jusqu’au seuil de la Religion de l'Humanité.

Il serait aisé, — et sans doute inutile, — de poursuivre la série de ces oppositions. Non seulement 1l y a chez Diderot dualité entre |’ «immoraliste » et le moraliste, entre la « thèse » idéale, et l’ «hypothèse » relative ; mais, à l’intérieur même de sa morale, on aperçoit un mélange des tendances, contradictoires pour qui en considère l’idée abstraite, mais dont la synthèse originale donne à cette pensée son caractère. — Au reste, n'est-il pas facile d’accuser d’incohérence tous les grands hommes qui ne furent point de purs logiciens ? Rousseau, ici individualiste effréné et là socialiste autoritaire ; Lamartine, panthéiste quand 1il contemple l'univers, déiste lorsqu'il s'inquiète de la conduite humaine; Hugo, faisant servir les doctrines les plus dissemblables à incarner ses émotions ou aspirations, se laissent de même tirer en des sens bien divers. Pourquoi se laisser séduire au vain plaisir de choquer entre eux des mots ? ou pourquoi vouloir soumettre à

1. John Morley, I, 266 : « He is a sentimentalist in the rationalistic century », proposition dont les deux parties, ainsi prises absolument, sont également fausses.

l'unité factice d’une formule, une doctrine dont l'intérêt, dont la valeur tient à sa riché variété ? Prenons-la telle qu'elle est, comme l'effort sincère et intelligent d’un homme de bien, que ne satisfont plus des principes « gothiques » et périmés, — qui

ne veut pas pourtant se contenter du simple empirisme.

WAPPENDICE I

Fables de Diderot publiées dans les Ephémérides du Citoyen, année 1760, et non recueillies dans les Œuvres.

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