AVERTISSEMENT VII
Vous avez très bien démêlé les divers aspects de la pensée de Diderot, très bien posé et discuté les problèmes qu'elle soulève.
Ce qui est aux dernières pages viendrait mieux au début, avant l” «immoralisme », avant l'exposition de la morale de Diderot : l’hostiité au christianisme reconnu sentiment primitif chez Diderot. Il eût fallu aussi mieux dégager et prendre plus fréquemment en considération certains traits du caractère de Diderot qui influent sur sa pensée morale : une imagination de casuiste ou de romancier curieux de cas singuliers et d'effets inattendus ; un génie autoritaire et un peu tracassier qui se plaît à mener les gens (et à les tromper par suite, pour le bien de tous, etc...).
L'exposition est un peu lente ; le travail aurait gagné à se resserrer.
Bonnes remarques sur les sources ; bonnes remarques critiques sur les textes .
N.-B. — En vous arrêtant à 1740, au chap. I, vous négligez des auteurs et des mouvements dont il fallait tenir compte. Si, de 1740 à 1750, ce n’est pas encore le vrai Diderot qui se montre, il fallait enregistrer ce qui, dans ces dix ans, a pu l'aider à éclore. Vous rencontriez là Vauvenargues, Toussaint, des médiocres qui révèlent l’état du public éclairé (Deslandes), et Maupertuis, et Lamettrie, etc...
Et surtout les conversations et la vie commune de Condillac, Rousseau et Diderot. Il est curieux qu’à propos de l’ « immoralisme » de Diderot vous ne prononciez pas le nom de Rousseau, et que vous ne le retrouviez que là où Diderot révèle sa profonde blessure de la rupture.
Hermand, dès le lendemain du jour où 1l eut son diplôme d’études Supérieures, dès même la remise de son mémoire aux correcteurs (fin mar 1914), songeait à l'améliorer, à le compléter, à l’approfondir : peut-être y voyait-l le noyau de sa thèse future de doctorat, Toujours est-1l qu'on a retrouvé dans Ses papiers quelques notes qui manifestement se rapportent à cet objet. On les donne telles quelles. Le’ lecteur y verra l'indication de quelques idées qui préoccuparient Hermand et qu'il se proposait d'éclaircir. — On a développé dans cette transcription les abréviations.