‹ Les idées morales de Madame de StaëlChapitre 1 sur 11 · PREAMBULE · texte numérisé non relu

PREAMBULE

Si, pour apprécier les idées morales de n'importe quel écrivain, il est très utile d'interroger sa vie, et de confronter sa doctrine avec sa pratique, cette étude comparative est indispensable quand ce moraliste est une femme, et surtout quand cette femme est M'"^ de Staël. Ses opinions, en effet, ont varié en même temps que ses amitiés ; son cœur avait des raisons plus puissantes même que sa raison. Dans ses Mémoires secrets, d'AUonville a parlé avec une précision un peu brutale des influences masculines qui constituent les différents chapitres de la vie sentimentale de M"^^ de Staël, notamment de ses rapports avec Benjamin Constant : « Ce Suisse francisé dominait l'ambassadrice de Suéde depuis que Mathieu de Montmorency, devenu dévot et royaliste, lui avait cédé sa place dans son intimité ; et l'influence de Tun et de Tautre sur les opinions de la noble dame explique assez l'intermittence de ses jugements, dits ou écrits, sur les événements auxquels elle prit part (1) ». Sous une forme plus discrète, Michelet dira de même; il juge M'"^ de Staël, ainsi qu'il le faut faire, sans l'ombre de galanterie ; il lui refuse même le génie : « Retirons le mot de génie... Réservons ce mot sacré. M'"® de Staël avait, en réahté, un grand, un immense talent, et dont la source était au cœur. La naïveté profonde et la grande invention, ces deux traits

(1) D'Allonville, IV, 108-109.

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