PREAMBULE
saillants du génie, ne se trouvèrent jamais chez elle(l). » Refuser le génie à M'"® de Staël paraît sévère. Peutêtre a-t-elle été desservie par les circonstances, par la date même de sa naissance qui fit coïncider son épanouissement avec la lutte du vieux monde contre le nouveau. En littératureelle se trouve entre le classicisme caduc et le romantisme naissant qui l'intéresse sans doute, mais qui l'inquiète un peu, et auquel elle ne peut se livrer entièrement (2). En philosophie, elle suit à la fois les Encyclopédistes et Jean-Jacques. Pour le ton, le tact, les manières et les mœurs, il y a toujours de l'a peu près chez elle : M"^^ de Staël est à la fois ancien et nouveau régime, grande dame à l'occasion, et ressemblant un peu, dit Gouverneur Morris, à une femme de chambre. De même pour la race. M'"*' de Staël n'est pas tout à fait française ; elle est un peu Suissesse, très genevoise, avec quelque chose de germanique qui lui vient de ses ascendants. Ellea tout cequ'il faut pour être citoyenne de Cosnaopolis ; avec cela des accès de patriotisme français quand sa véritable patrie intellectuelle est en danger. Ce manque d'équihbre se retrouvera dans sa morale ; ses idées subissent le contrecoup des agitations de sa vie privée, et des tempêtes politiques qui bouleversent toutes choses autour d'elle. En somme, nature puissante, bonne au fond, cherchant le bien, meilleure à la fin de sa vie qu'à ses commencements, mais sans régularité dans ses progrès moraux.
(1) Les Femmes de la Résolution, p. 80. (2} Albert SoREL, Madame de Staël, p.
Les Idées morales de piadame de Staël