‹ Les idées morales du temps presentChapitre 2 sur 14 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

et j'erre un peu pour le plaisir de la promenade. Mais à défaut des iiiêmes convictions, j'ai les mêmes curiosités que vous et les mêmes sympathies.

Ce sont précisément ces curiosités et ces sympathies qui m'ont poussé à entreprendre les études que voici : j'y recherche les opinions que certains des guides de la pensée française actuelle, quelle que soit d'ailleurs la forme de leurs écrits, professent sur les problèmes essentiels de la morale. J'ai cru devoir admettre dans cette galerie deux étrangers, Schopenhauer et le comte Tolstoï, en raison de l'influence considérable qu'ils ont exercée sur le mouvement des esprits. En revanche — exception faite pour Schopenhauer qui d'ailleurs est plus encore un écrivain qu'un philosophe, surtout après ce qu'on a fait de lui, — je me suis abstenu de parler des philosophes et des moralistes de profession, qui n'ont pas, ou qui du moins n'ont pas même eu sur le public une action directe : c'est pour cela que vous ne trouverez pas dans mon livre le nom d'ua

PREFACE m

des penseurs que nous aimons le plus, M. Charles Secrétan. — M. Renan regrette quelque part que Victor Cousin ait exposé Platon « à Tadmiration un peu pédantesque de jeunes disciples qui se sont mis à chercher une doctrine arrêtée dans les charmantes fantaisies philosophiques que ce rare esprit nous a laissées ». Je ne sais si je n'ai pas à me reprocher la même faute envers les maîtres dont j'ai essayé d'étudier les idées morales. La plupart d'entre eux, en effet, n'ont pas de Morale, dans le sens systématique du mot : ils n'ont que des opinions, parfois même décousues et contradictoires. Je crains d'avoir quelquefois introduit entre ces opinions une cohésion factice, qui leur donne peut-être une signification plus doctr> naire, plus absolue que celles qu'elles ont en réalité. C'est là un danger qu'il était difficile d'éviter : j'espère qu'il suffit de le signaler pour en atténuer les effets.

Ai-je besoin de vous dire que, m'attaquant à un sujet si vaste et si confus, je n'ai point eu la prétention d'être complet? Dresser le bilan des

Page 1