‹ Les Idées Politiques de ChâteaubriandChapitre 31 sur 91 · QAR · texte numérisé non relu

QAR

sans cesse; les hommes tombent, l’homme reste debout, enrichi de tout ce que ses devanciers lui ont transmis, couronné de toutes les lumières, orné de tous les présents des âges, géant qui croit toujours... »

Ici on s’affranchit des conditions humaines; on téèfie de la presse comme d’une force métaphysique, d’un instrument qui agirait sans la main de l’homme et sans son intelligence imparfaite, sans son égoïsme, sans sa cupidité, sans son en-

vie, sans sa paresse naturelle, sans les cadres étroits où son esprit se meut par habitude et par nécessité; et l’on tire d’une constatation banale des conséquences grandioses: « La découverte de l'imprimerie a changé les conditions sociales: la presse, machine qu’on ne peut plus briser, continuera à détruire l’ancien monde jusqu’à ce qu’elle en ait formé un nouveau: c’est une voix calculée pour le forum général des peuples. L’imprimerie n’est que la parole écrite; première de toutes les puissances, la parole a créé l’univers. » (27).

On serait tenté d’ajouter avec Victor HuGo: « car le mot c'est le verbe et le verbe c’est Dieu ». ,

De la divinité du mot on déduit naturellement celle de l'imprimerie; et la planche à imprimer reprenant l’œuvre de la création est la matrice du genre humain.

Eut-on étonné CHATEAUBRIAND en lui montrant la presse telle qu elle fonctionnerait entre les mains des hommes, excitant les haïines de classe, stimulant les oppositions naticnales, docile instrument des démagogues et des dictateurs? l’eût-on seulement contrarié en lui disant que cette grande voix « calculée pour le forum général des peuples » engendrerait la Tour de Babel ?

(27) Avenir du Monde,

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