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récentes découvertes et, entre toutes, la plus formidable à ses yeux, celle de imprimerie. Ce qui manquait au progrès dans les civilisations antiques c'était une base assez large. Limitées aux frontières de l'Etat, s’arrêtant devant le désert ou devant l’océan, elles étaient à la merci d’une guerre ou d’une révolution. De nos jours la civilisation est garantie contre de semblables risques par l’espace méme qu’elle « occupe sur le globe ». « Autrefois renfermée dans la Grèse, elle pouvait succomber sous une invasion de barbares ; mais ces barbares iraient-ils la chercher maintenant dans les quatre parties du monde et jusque dans l'Océan Pacifique ? » (24).
Il. — LE PROGRES PAR LA PRESSE.
Plus que l'invention de la boussole ou de la vapeur, c’est la presse qui répand dans toutes les langues et par tout l’univers la civilisation; elle en confie la garde à la planète entière. Et « le progrès des lumières étant certain », < comme ces lumières ne peuvent plus périr grâce à la découverte de l'imprimerie », « quelques révolutions que vous supposiez, le dépôt des lumières ira toujours s’accroissant » (24).
Mais que faut-il entendre par « ce dépôt des lumières » ? Un tout organisé, bloc sans fissure? ou bien une masse incohérente où le plomb vil voisine avec l'or pur? un cahos de contradictions où se livrent bataille toutes les tendances de l'esprit humain? Et alors au lieu de faire briller la vérité, ne risquait-on pas de l’obscurcir en discussions stériles ? Loin de faire avancer les connaissances humaines, n’allaiton pas les diviser, les opposer et piétiner dans les luttes d'écoles? En multipliant les moyens d’expression et de. diffusion on donnait de nouvelles armes à l’esprit mais des ar-
(24) Essai sur les Révolutions, page 612 (note de l'édition de 1826).
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mes qui peut-être se tourneraient les unes contre les autres. |
Sans doute les sciences physiques se plient instantanément à la discipline des résultats. Les réactions de la nature sont impérieuses: aucun homme sain d'esprit ne se permettra de nier la loi de la pesanteur, pas plus que de se pr*cipiter du haut des tours de Notre-Dame: cela suffit à organiser les efforts des savants. Mais dans les sciences morales échecs et réussites ne sanctionnent pas spontanément les théories du penseur et les erreurs métaphysiques ne rencontrent aucun obstacle matériel.
C’est pourquoi on risquait d’aboutir à ce monstrueux nonsens d’un monde où les hommes s’entendraient parfaitement quant aux conditions de leur vie physique mais n’auratent pas en commun un seui principe de morale, où les moyens d'existence seraient uniformes et les raisons de vivre partout différentes sinon partout oubliées, où l’on serait entièrement d’accord sur la fabrication du bien-être, la forme des chapeaux et l’utilisation des minerais et, complètement divergents sur les devoirs des pères et mères: bref, la civilisation de la machine.
CHATEAUBRIAND a-t-il exactement prévu tous ces risques ? Il suffit qu’il les ait entrevus. Déjà dans l’avenir du monde (25) il formulait quelques réserves: il tenait compte de « l’infirmité humaine ». Après avoir salué la presse comme une entité divine, « la parole écrite », il la replaçait sur la terre il la voyait entre les mains de l’homme, participant de son infirmité et mêlant le bien au mal « tant que notre nature déchue n’aura pas recouvré sa pureté originelle ».
il revient plus tard à cette idée et aux ultimes pages de
(25) Appendice aux Mémoires d’Outre-Tombe, tome VI, page 532.
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sa vie (26), il inscrit ses inquiétudes sur l'avenir d’un monde où « les hérésies politiques » se succèdent, où « des multitudes sans nom s’agitent sans savoir pourquoi ». De la vie de la cité « tout est transitoire », déclare-t-il ; « la religion et la morale cessent d’être admises ou chacun les interprète. l'invasion des idées a succédé à l’invasion des barbares »… Trop d'idées ont enivré l'esprit humain : dans son orgueil il ne peut plus supporter les autorités consacrées, les vérités reçues; il rejette le capital accumulé par ses prédécesseurs; il rejette la révélation avec la tradition; alors, lachées en liberté hors des antiques barrières, hors dés cadres traditionnels, les idées se pressent en désordré et se disputent la Société comme les barbares jadis se partageaient l’Empire. L'unité de la civilisation occidentale déjà compromise par la réforme luthérienne, se divisant encore, se pulvérisant en une multitude de sectes, de meñtalités, de doctrines: voilà le terme de la liberté de la presse.
La pensée de CHATEAUBRIAND apparaît comme une suite de fulgurations lancées à tous les vents de Pesprit. Il a jeté les flèches du plus cruel réalisme sur les optimistes du progrès indéfini; mais avant de la percer à mort comme il a caressé sa chimère!
; Ce « dépôt des lumières » dont il montrera si fortement la tare, comme ïil est sûr, comme il est pur, dans certaines pages de l’Avenir du Monde! Et comme il est beau de penser que l’homme ne perd rien des acquisitions de ses devanciers, qu’il n’oublie pas les leçons de ses maîtres et qu’en mourant les nations se passent le flambeau sans que jamais la flamme s’éteigne ou ne vacille! Qu'il est beau de chanter comme dans la préface des études historiques: « Sur des sociétés qui meurent sans cesse une Société vit
(26) Mémoires d'Outre-Tombe, VI, page 451.